Le 28 avril 2025, à 12 h 33, le réseau électrique de l’Espagne et du Portugal est tombé d’un bloc. Pas une région, pas un quartier : la péninsule entière, en quelques secondes, ce que le gestionnaire européen ENTSO-E a qualifié d’incident le plus grave en Europe depuis plus de vingt ans. Il n’y avait pas de guerre. Il n’y avait pas de tempête non plus.
C’est par là que je veux commencer, parce que la requête « se préparer à la guerre » a explosé depuis que le livret « Tous responsables » a été publié en novembre 2025, et que la réponse que les gens cherchent n’est pas celle qu’ils trouvent. Ils tombent sur des boutiques de matériel et sur des scénarios. Ce guide ne contient ni l’un ni l’autre.
Se préparer à la guerre, pour un foyer civil, c’est préparer exactement ce qu’on prépare pour un blackout, une tempête ou une inondation : de l’eau, de quoi manger, de la lumière, une radio, ses papiers, ses traitements, un plan. Ce que la cause change, c’est la durée. Et la durée change ce qu’on achète.
Ce que ce guide refuse de traiter, et pourquoi
Pas d’armes. Pas de tactique, pas de scénario militaire, pas de géopolitique, pas de bunker. Ce n’est pas de la pudeur, c’est un raisonnement.
Un foyer civil ne choisit pas la crise qui lui arrive. Il subit une coupure : de courant, d’eau, de réseau, d’approvisionnement, de carburant, ou plusieurs à la fois. Que cette coupure vienne d’une tempête, d’une panne du réseau, d’une attaque informatique ou d’un conflit ne change strictement rien à ce qui se passe dans la cuisine à 21 heures. Le frigo s’arrête. Le téléphone descend. Le distributeur de billets aussi.
C’est ce que dit, en creux, le livret que le SGDSN a publié le 20 novembre 2025 : un guide « quelle que soit l’origine » de la crise, avec un kit qui offre 72 heures d’autonomie, la période pendant laquelle les secours peuvent être débordés. Le mot « guerre » y figure parmi d’autres. La liste de courses, elle, ne change pas d’une page à l’autre.
Le matériel « tactique » n’y figure nulle part, et il ne figurera pas ici non plus. Il vend de la peur, il coûte cher, et il ne règle aucun des problèmes qui se posent réellement à un foyer : combien d’eau, combien de repas, comment recharger, comment chauffer une pièce sans mourir intoxiqué. C’est là-dessus qu’on va passer les prochaines quatre mille mots.
Se préparer à la guerre, c’est d’abord tenir 72 heures chez soi
Il y a une contradiction dans la façon dont on lit ces livrets. On les prend pour des listes d’objets. Ce sont des durées.
La France dit 72 heures. La Commission européenne, dans sa stratégie de préparation présentée le 26 mars 2025, fixe le même objectif : une « autosuffisance de la population d’au moins 72 heures ». La Suède va plus loin. Sa brochure « Om krisen eller kriget kommer » — la cinquième depuis 1943, après 1952, 1961 et 2018 — dit que chacun doit pouvoir couvrir ses besoins de base pendant au moins une semaine sans appui de la société, parce que les ressources collectives ne suffisent pas pour tout le monde en même temps.
Ce chiffre n’a rien d’arbitraire, et il ne décrit pas une menace : il décrit un délai, celui qu’il faut à la collectivité pour redescendre jusqu’à un foyer ordinaire quand tout un département appelle en même temps. L’article pourquoi 72 heures d’autonomie remonte à ce paramètre, compare ce que demandent les quatre textes officiels et montre poste par poste où un foyer casse en premier.
Trois jours, une semaine. Et au-delà ? Personne ne l’écrit dans un livret officiel, et c’est pourtant la question que pose la requête. Alors je l’ai découpée en trois paliers, avec une règle simple : un palier ne s’ajoute pas au précédent comme une pile de packs d’eau.
À 72 heures, tout est stocké. À deux semaines, on arrête d’empiler et on ajoute de quoi produire : traiter l’eau, recharger une batterie, cuire. À un mois, l’énergie et le combustible cessent d’être du matériel pour devenir une installation. Le composant ci-dessous calcule les quantités pour votre foyer et dit, poste par poste, ce qui bouge d’un palier à l’autre.
Les trois paliers — choisissez le vôtre
Ce qui change à chaque palier, poste par poste
Un palier ne s'ajoute pas au précédent comme une pile de packs d'eau : à partir de deux semaines, on remplace du stock par un moyen de produire. Le composant calcule les quantités pour votre foyer et dit, pour chaque poste, ce qui bouge.
Vous remarquerez que les postes « documents » et « argent » sont finis dès le premier palier. C’est voulu. Le stock qui grandit avec la durée, c’est l’eau, la nourriture et l’énergie ; le reste se règle une fois.
Le kit lui-même, objet par objet et avec les quantités pour votre foyer, est le sujet du guide du kit de survie 72h. Ici, je prends les postes dans l’ordre où ils font mal quand ils manquent.
L’eau : le seul poste qu’on ne peut pas improviser
Un adulte tient plusieurs semaines sans manger. Sans boire, il tient trois jours, et il fonctionne mal dès le deuxième.
Le problème, c’est que l’eau du robinet dépend de l’électricité bien plus qu’on ne le croit. Les pompes des stations de traitement, les surpresseurs des immeubles de plus de trois ou quatre étages, les châteaux d’eau qu’il faut remplir : tout ça tourne au courant. Une coupure longue coupe l’eau en hauteur d’abord, et partout ensuite. Une pollution du réseau, elle, coupe l’eau en gardant la pression, ce qui est pire : on ne s’en aperçoit qu’à l’annonce.
Trois litres par personne et par jour, tout compris. C’est le chiffre avec lequel je calcule, un peu en dessous du gallon (3,8 L) que recommande la FEMA, un peu au-dessus de ce qu’on boit. Pour quatre personnes sur 72 heures, 36 litres : six packs de six bouteilles, ou quatre bidons de 10 litres. Ça tient sous un lit. Pour deux semaines, 168 litres ne tiennent nulle part dans un appartement, et c’est exactement pourquoi le deuxième palier ne multiplie pas les bidons.
Il garde cinq jours de stock — 60 litres pour quatre — et ajoute un moyen de traiter l’eau disponible : un filtre à eau à gravitéaff. pour la maison, qui traite plusieurs litres à l’heure sans pompe ni électricité, des pastilles en secours, et l’ébullition sur le réchaud. Le filtre à eau de randonnée du sac, à paille ou à pompe, dépanne une personne ; il ne suit pas les 12 litres quotidiens d’un foyer de quatre. L’eau disponible, dans un logement, c’est le ballon d’eau chaude (souvent 150 à 200 litres, potables une fois refroidis si le réseau était sain avant la coupure), la pluie, et l’eau du robinet quand elle revient trouble. Le guide sur la réserve d’eau potable à la maison détaille le calcul, le rangement et la rotation.
Pour le stock lui-même, les packs de bouteilles marchent, mais ils se rangent mal et se boivent en cachette au fil des semaines. Des bidons alimentaires empilables à robinetaff. occupent moins de place au sol, se remplissent au robinet quand l’eau est saine, et personne n’y touche pour un pique-nique. Une date au marqueur, un renouvellement tous les six mois, et le poste est fait.
Une chose à écarter tout de suite : les « rations d’eau » en sachets qui se vendent dans les boutiques de survie. Cinq ans de conservation, certes. Mais 125 millilitres par sachet, à un prix au litre qui n’a aucun sens quand un bidon rempli au robinet fait la même chose. Elles ont leur place dans un sac de voiture, pas dans une réserve de foyer.
Le stock alimentaire : des repas, pas des rations
Un frigo fermé tient quatre heures. Un congélateur plein, deux jours s’il reste fermé. Après, il faut manger autre chose, et ce qu’on mange dépend de ce qu’on peut chauffer.
Pour 72 heures, la règle est simple : ce qui se mange froid ou avec de l’eau chaude. Conserves prêtes à manger, fruits secs, biscuits, pain longue conservation, un réchaud à cartouche et ses cartouches, un ouvre-boîte manuel — l’oubli classique, parce que l’ouvre-boîte de la cuisine est électrique dans une maison sur trois. Le critère, sur cet objet-là, c’est la poignée : un ouvre-boîte manuel à poignée largeaff. s’actionne d’une main froide, et il reste dans la caisse au lieu de retourner dans le tiroir. Neuf repas par personne. Ça se compte, ça se range dans une caisse, ça se vérifie deux fois par an. La liste du kit d’urgence 72h reprend ce poste ligne à ligne, avec ce qui se compte à part : le lait infantile, les petits pots, les régimes.
Au-delà, le stock change de nature. Deux semaines, c’est 42 repas par personne, et ce n’est plus une caisse : c’est une étagère, et c’est ce qu’on mange déjà, en plus grande quantité. Riz, pâtes, légumineuses, conserves de légumes et de poisson, huile, sucre, sel, café. La règle qui fait qu’un stock tient dans le temps s’appelle la rotation : on mange le plus ancien, on remplace au fil des courses, et rien ne périme jamais parce que rien ne dort.
Le calcul complet — kilocalories par profil, quantités par famille d’aliments, ce qu’il manque en gras et en micronutriments — est celui du guide sur le stock alimentaire longue durée. Son composant fait le compte pour votre foyer, et je le reprends ici plutôt que d’en écrire un autre avec d’autres champs.
Le calcul — en kilocalories, pas en boîtes
Combien de nourriture pour votre foyer, et quoi exactement
Réglez le foyer, la durée et l'activité. Le composant donne le total d'énergie à stocker, puis les quantités par famille d'aliments, avec la méthode sous les yeux.
Ce qui se vend bien et ne se mange pas
Deux mots sur ce qui se vend bien et ne sert pas à grand-chose. Les rations lyophilisées « 25 ans de conservation » ont un mérite, la durée, et deux défauts : le prix au repas, et le fait que personne dans la famille n’en a jamais mangé. Un stock qu’on découvre le jour J est un stock qu’on mange mal. Chez moi, je garderais deux ou trois sachets pour le sac d’évacuation et je ferais tout le reste avec des produits de supermarché dans des seaux alimentaires hermétiquesaff. qui protègent le riz et les pâtes des mites et de l’humidité.
L’énergie de secours : du powerbank à l’installation
Le 28 avril 2025, la première sous-station espagnole a été remise sous tension à 12 h 43, dix minutes après la chute, grâce à l’interconnexion avec la France. À 17 heures, une partie du pays était rallumée. À 4 heures du matin, 100 % des postes du réseau de transport étaient sous tension, et la demande n’a été rétablie à 99,95 % qu’à 7 heures le 29 avril, selon Red Eléctrica.
Une journée, donc, pour le blackout le plus grave d’Europe depuis vingt ans, sur un réseau intact et avec deux voisins pour aider. C’est le point de calibrage de ce poste : 72 heures d’énergie couvrent très largement un blackout de réseau. Ce qu’ils ne couvrent pas, c’est une coupure de distribution locale après une tempête, qui se compte en jours dans les zones rurales — se préparer à une tempête, c’est d’abord prévoir ces jours-là —, ni un rationnement organisé.
Pour trois jours, aucune production. Une batterie externe de 20 000 mAh chargée — environ 70 Wh — recharge un téléphone six ou sept fois, des piles lithium tiennent les lampes, et le frigo reste fermé. Le poste coûte moins qu’un plein.
À deux semaines, on produit. Une station d’énergie portable au lithium fer phosphate, de 500 à 1 000 Wh, avec un panneau solaire pliable de 100 W, couvre les téléphones, l’éclairage, la radio, la box si le réseau tient, et de quoi rationner le frigo. Le choix entre station et groupe électrogène est un vrai arbitrage — bruit, carburant, appartement où le groupe est exclu — que tranche le guide station d’énergie portable ou groupe électrogène selon le logement. Ma réponse courte : en appartement, la station, sans discussion ; en maison, la station d’abord, le groupe seulement si vous avez un congélateur plein et un endroit dehors pour le faire tourner.
La catégorie que je choisirais est une station au lithium fer phosphate avec entrée solaire, parce que cette chimie se garde chargée des années sans s’abîmer et supporte des milliers de cycles. Le critère qui compte est la capacité en Wh et la puissance d’entrée solaire, pas le nombre de prises.
Idéal pour : le palier deux semaines, en appartement comme en maison
Station d'énergie portable LiFePO4, 1 000 Wh, avec entrée solaire
- Se garde chargée des années sans s'abîmer
- Silencieuse, sans carburant, utilisable à l'intérieur
- Se recharge au panneau pliable pendant la coupure
- Alimente téléphones, lampes, radio, box et un frigo rationné
Le défaut : Elle ne fera pas tourner un chauffage électrique ni un mois de frigo : au-delà, c'est une installation, pas un objet.
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Le mois, ou le moment où ça devient une installation
À un mois, le calcul change d’échelle. Un frigo seul demande de l’ordre de 800 Wh par jour ; un panneau de 400 W fournit, un jour d’hiver moyen en France, quelque part entre 400 et 1 200 Wh selon le ciel. Il faut donc plusieurs panneaux, une batterie plus grosse, et surtout — en maison — la question du raccordement : alimenter le tableau plutôt que tirer des rallonges. Ce qui se passe heure par heure quand le courant manque, du frigo au surpresseur, est décrit dans le guide sur la coupure d’électricité prolongée.
Se chauffer sans électricité : la pièce, le poêle, le détecteur
Une coupure en juillet est un inconfort. La même coupure en janvier est un problème de santé, et le seul poste de ce guide où l’improvisation tue.
Ce qu’on sait, documenté ailleurs sur ce site, vient du Texas en février 2021 : une vague de froid, un réseau à terre pendant plusieurs jours, et parmi les décès, des intoxications au monoxyde de carbone par des gens qui avaient allumé un barbecue, un brasero ou un groupe électrogène à l’intérieur. Le monoxyde n’a ni odeur ni couleur. Le détecteur est la seule réponse, avant tout appareil à flamme.
Pour 72 heures, on ne chauffe pas. On réduit la surface à chauffer à une seule pièce, on ferme les portes, on calfeutre le bas de la porte, et tout le monde dort dans la même pièce, couvert. Un logement isolé perd quelques degrés par jour ; trois nuits à 12 °C sont désagréables, pas dangereuses, pour des adultes en bonne santé. Pour un nourrisson ou une personne âgée, c’est différent, et c’est là que le deuxième palier commence plus tôt.
À deux semaines, il faut une source de chaleur. Sans cheminée, la seule catégorie compatible avec un logement ordinaire est le chauffage d’appoint à combustion : un poêle à pétrole à mèche ou un chauffage au gaz catalytique, dans une pièce aérée par une fenêtre entrouverte, avec le détecteur posé avant l’appareil. Le guide se chauffer sans électricité classe les options selon le logement, la ventilation et la présence d’enfants, et dit clairement ce qui est exclu : les bougies comme chauffage, le four à gaz porte ouverte, le groupe dans le garage.
Si je devais n’en acheter qu’un, ce serait un poêle à pétrole à mèche avec sécurité anti-renversement et arrêt automatiqueaff. : il chauffe 20 à 30 m² avec 0,2 à 0,3 litre par heure, il ne demande aucune électricité, et le combustible se stocke en bidons de 20 litres hors de la pièce. Un mois à cinq heures par jour, c’est de l’ordre de 35 à 40 litres. Ce n’est pas rien, mais ça tient dans un garage.
Et le détecteur, puisqu’on y est : un détecteur de monoxyde de carbone certifié EN 50291aff. à pile scellée dix ans, posé dans la pièce chauffée à hauteur de tête. C’est l’achat le moins cher de tout ce guide et le seul qui n’admet aucune discussion.
L’information quand les réseaux tombent
Le téléphone est le premier objet qu’on regarde dans une coupure, et le premier qu’on vide. Lampe de poche, actualités en boucle, appels qui n’aboutissent pas : à minuit, il est mort, et il était votre seul lien avec l’extérieur.
Les consignes, en France, passent par deux canaux qui survivent à une coupure. FR-Alert, le dispositif d’alerte par diffusion cellulaire, qui fait sonner tous les téléphones d’une zone tant que les antennes ont du courant — elles ont des batteries de secours, pour quelques heures. Et la radio FM, qui émet depuis des sites équipés de groupes électrogènes : France Info, et la station locale du réseau ICI (ex-France Bleu), que le livret désigne comme le canal des consignes.
Une radio autonome est donc le deuxième objet du kit après l’eau, et je mets le lecteur en garde contre un réflexe : la radio de la voiture marche, mais elle suppose d’y aller, d’avoir du carburant, et de laisser un enfant seul pour aller écouter. Une petite radio d’urgence à manivelle et solaireaff. avec lampe intégrée règle la question pour toute la durée d’une crise, sans piles. Le guide sur la radio d’urgence à manivelle compare manivelle, piles, solaire et smartphone selon l’usage, et cartographie les canaux qui restent quand le réseau tombe.
Trois gestes qui ne coûtent rien. Écrire les fréquences locales sur la radio elle-même, au marqueur. Activer FR-Alert dans les réglages du téléphone — il l’est par défaut, mais certains l’ont coupé après un test. Et convenir avec deux voisins d’un point d’information : celui qui a une radio le dit aux autres.
Le mois, ici, ne change rien au matériel. Ce qui change, c’est l’organisation : un cahier de bord où l’on note les consignes entendues et l’heure, un tour d’écoute si la radio est à manivelle, et le numéro de la mairie au dos.
Les documents, les traitements, le liquide : les postes qu’on règle une fois
Trois postes qui ne grandissent pas avec la durée. Une fois faits, ils sont faits, et ce sont pourtant ceux qui manquent le plus souvent.
Les papiers d’abord. Une inondation ou un incendie détruit un dossier en une heure et il faut des mois pour le refaire ; une évacuation en dix minutes ne laisse pas le temps de chercher. Une pochette étanche au format A4aff. avec les copies — identité, carte Vitale, contrat d’assurance, ordonnances, titre de propriété ou bail, un exemplaire du plan familial — et une sauvegarde numérique chiffrée hors du logement. La pochette de classeur à zip ne tient pas une heure dans un sac trempé ; celle qu’on emporte en kayak, oui. Le guide sur les documents importants en cas d’urgence fait l’inventaire par famille et teste ce que vous pouvez encore ouvrir si votre téléphone meurt. Le poste coûte une pochette et un après-midi.
Les traitements ensuite, et c’est là que je m’arrête. Pour 72 heures, avoir trois jours de chaque traitement chronique à portée de main relève du bon sens. Pour deux semaines ou un mois, l’avance se discute avec le pharmacien et le médecin : ce qui est possible, ce qui se conserve, ce qui doit rester au froid. Le même raisonnement vaut pour l’iode stable, qui relève d’un dispositif public — les plans particuliers d’intervention autour des installations nucléaires — et de consignes sanitaires qui ne viennent que des autorités.
Le liquide, enfin. Un terminal de paiement est un appareil électrique relié à un réseau ; un distributeur de billets aussi. Le 28 avril 2025, entre 12 h 33 et le petit matin, ni l’un ni l’autre n’avaient de courant sur la plus grande partie de la péninsule, et l’ENTSO-E parle d’« impacts majeurs sur les citoyens et la société ». Je n’écris pas un montant : l’équivalent de trois jours de courses, en billets de 5, 10 et 20 — les commerçants ne rendent pas la monnaie sur un billet de 50 quand la caisse est fermée — rangé avec les documents. Ce n’est pas une réserve, c’est un pont.
La mobilité : le réservoir à moitié plein
Octobre 2022. Des grèves dans les raffineries et les dépôts, et en une semaine des files devant les stations, des pompes bâchées, des trajets annulés. Le 10 octobre, le ministère de la Transition écologique recevait les transporteurs routiers pour faire le point : déstockage des réserves stratégiques, importations accrues, levée des interdictions de circulation le week-end pour les camions-citernes, et un rappel — la France dispose de 90 jours de consommation en stocks stratégiques, aucun risque de pénurie durable.
Il n’y avait donc pas de pénurie de carburant. Il y avait une pénurie de carburant à la pompe, ce qui, pour un foyer qui doit aller travailler ou emmener un enfant chez le médecin, revient au même pendant dix jours.
La règle que j’en tire tient en une phrase : le réservoir ne descend jamais sous la moitié. C’est gratuit, ça ne demande aucun achat, et ça couvre à peu près toutes les tensions documentées, parce qu’une tension d’approvisionnement se résout en jours et qu’un demi-réservoir fait plusieurs centaines de kilomètres. Un jerrican homologué de 20 litresaff. dans le garage — métal, homologué pour les hydrocarbures, jamais un bidon de fortune —, rempli et renouvelé deux fois par an, est le maximum raisonnable pour un particulier ; au-delà, on stocke un combustible inflammable chez soi, et ce n’est plus de la préparation.
Le vélo, dans ce poste, est l’objet que les boutiques de survie ne vendent pas et qui règle le plus de choses : aller chercher du pain, de l’information, un voisin, sans carburant et sans réseau. Un vélo qui roule, gonflé, avec une lampe, vaut plus qu’un deuxième jerrican.
La question du départ — quand, avec quoi, vers où — est celle du guide du sac d’évacuation, qui la traite avec un arbre de décision et le rappel que ce sont les autorités qui donnent l’ordre, pas le sac. Le sac se remplit à partir du kit, jamais l’inverse, et son contenu poste par poste, avec le poids de chaque ligne, est celui de la liste complète du sac d’évacuation.
La famille, les enfants, le voisinage
Le matériel ne sert à rien si la moitié de la famille est à l’école et l’autre au bureau quand ça arrive, et que personne ne sait où se retrouver.
Un plan familial tient sur une feuille : les personnes du foyer, deux points de rassemblement — près de la maison, hors du quartier —, un contact hors zone que tout le monde appelle pour dire où il est, l’endroit où on coupe l’eau, le gaz et l’électricité, les traitements et allergies, l’école ou la crèche, les animaux. Le guide du kit 72 h le fait remplir et l’imprime. Il se refait une fois par an, et à chaque changement d’école.
Les enfants : des gestes, pas un stock
Les enfants, maintenant, parce que la requête de ce guide inquiète d’abord des parents. Ce que disent les brochures nordiques, et ce que je ferais chez moi : les faits à leur niveau, et surtout ce que la famille a prévu. Un enfant s’inquiète moins d’une coupure expliquée que d’un silence d’adultes. Lui montrer où sont les lampes et la radio. Lui donner une lampe frontaleaff. à lui, avec son nom dessus : à piles, pour qu’elle marche le soir où rien ne se recharge. Faire ensemble le plan de rassemblement et lui apprendre le numéro du contact hors zone, comme on apprend un poème. Garder les jeux de société et les livres à portée : ce qui tient à la lanterne, c’est ce qui se joue à plusieurs sans plateau ni relecture des règles, donc un jeu de cartes familialaff. avant un jeu à cent pièces. Une soirée sans écran ni lumière est longue, et la routine — manger à heure fixe, dormir dans la même pièce — est ce qui tient tout le monde.
Pour les adultes, le même principe. La santé mentale dans une crise longue se joue sur trois choses que l’on peut préparer : savoir quoi faire (le plan), avoir quelque chose à faire (les tâches : l’eau à filtrer, la radio à écouter, le repas à cuire), et ne pas être seul. Ce dernier point est le voisinage.
Le voisinage est le poste que je place en dernier parce qu’il est le plus difficile à acheter. Un immeuble où trois foyers ont une radio, un réchaud et un filtre en a pour tout le monde. Une rue où l’on sait qui vit seul, qui a un traitement, qui a une voiture, tient deux semaines beaucoup mieux qu’une rue de trente kits individuels. La brochure suédoise consacre des pages entières à ce qu’elle appelle la responsabilité de chacun envers les autres ; le livret français dit « tous responsables » dès le titre. Ça commence par connaître le prénom des gens du palier.
La même préparation, appliquée aux aléas qui, eux, sont datés et cartographiés — tempête, inondation, canicule, feu de forêt —, est le sujet du guide se préparer à une catastrophe naturelle, qui classe les risques selon là où vous vivez. Ce que vous aurez fait pour l’un sert pour l’autre : c’est tout le sens de ce site.
Ce qui reste quand on a enlevé la peur
Je suis revenu plusieurs fois sur le titre de ce guide. Il répond à une requête que des milliers de foyers tapent depuis l’automne dernier, et je ne voulais ni la fuir ni la flatter.
Ce qui reste, une fois qu’on a écarté les armes, le bunker et les scénarios, c’est une étagère. Des bidons d’eau avec une date au marqueur. Une caisse de repas qu’on mange et qu’on remplace. Une radio avec les fréquences écrites dessus. Une station d’énergie chargée, un poêle et son détecteur au garage, une pochette avec les papiers, quelques billets, une feuille avec un point de rassemblement. Et le prénom des voisins.
Cette étagère est la même pour une tempête, un blackout, une inondation ou ce que les livrets nomment, prudemment, une crise majeure. Elle se monte en trois week-ends. Elle ne protège de rien de ce qui fait peur dans le mot « guerre » — et elle protège de tout ce qui, dans une crise, arrive réellement dans une cuisine à 21 heures.
Un pays où chaque foyer tient une semaine est un pays où les secours peuvent s’occuper de ceux qui ne le peuvent pas. C’est, mot pour mot, la raison que donne la Suède. Je n’en ai pas trouvé de meilleure.
Questions fréquentes
- Comment se préparer à la guerre quand on est un foyer ordinaire ?
- En préparant ce que demandent déjà les pouvoirs publics pour toute crise majeure : de l'eau, de la nourriture qui ne demande ni froid ni cuisson longue, une lumière et une radio autonomes, les traitements en cours, les papiers à l'abri, un peu de liquide et un plan pour se retrouver. Le livret « Tous responsables » fixe 72 heures, la Suède demande une semaine. La cause de la coupure ne change rien à la liste : un réseau électrique tombe de la même façon, que ce soit une tempête, une panne ou un conflit. Ce qui change avec la durée, c'est le passage du stock à la production : traiter l'eau, recharger, cuire. C'est ce que les trois paliers de ce guide organisent.
- Combien de temps un foyer doit-il pouvoir tenir seul ?
- Le livret français publié en novembre 2025 parle de 72 heures, la période pendant laquelle les secours peuvent être débordés. La stratégie de préparation de la Commission européenne, présentée en mars 2025, fixe le même seuil minimal. La Suède, dans sa brochure « Om krisen eller kriget kommer », demande au moins une semaine sans appui de la société. Chez moi, je viserais les deux semaines : c'est le palier où l'on arrête d'empiler des packs pour ajouter un filtre, une station d'énergie et un chauffage d'appoint, et il couvre la quasi-totalité des coupures documentées en Europe, blackout ibérique compris.
- Faut-il acheter des comprimés d'iode ?
- Ce n'est pas une question pour ce site, et je ne vais pas y répondre à la place d'un pharmacien. L'iode stable relève d'un dispositif public précis, distribué autour des installations nucléaires selon le plan particulier d'intervention, avec des consignes de prise qui viennent des autorités sanitaires et de personne d'autre. Ce que vous pouvez faire chez vous : vérifier si votre commune est dans un périmètre PPI, savoir où sont retirés les comprimés, et poser vos questions au pharmacien. Tout le reste de la préparation — eau, nourriture, énergie, information — ne dépend pas de cette question et se fait sans elle.
- Combien d'eau stocker pour une famille de quatre ?
- Trois litres par personne et par jour, tout compris — boisson, cuisine, hygiène minimale — donnent 36 litres pour quatre personnes sur 72 heures, soit six packs de six bouteilles ou quatre bidons de 10 litres. Pour deux semaines, le même calcul donne 168 litres, ce qui ne se stocke pas dans un appartement. C'est pourquoi le deuxième palier ne multiplie pas les bidons : il garde cinq jours de stock, soit 60 litres, et ajoute un filtre à gravité et des pastilles pour traiter l'eau disponible, robinet trouble, pluie ou ballon d'eau chaude. Le guide sur la réserve d'eau potable détaille le calcul et le rangement.
- Le liquide sert-il encore à quelque chose ?
- Oui, en petite quantité. Un terminal de paiement et un distributeur de billets sont des appareils électriques reliés à un réseau : sans courant ou sans réseau, ils ne sont plus que des boîtiers. Le 28 avril 2025, le réseau espagnol et portugais est tombé entièrement à 12 h 33 et la demande n'a été rétablie à 99,95 % qu'à 7 heures le lendemain, d'après Red Eléctrica. Une journée entière. L'équivalent de trois jours de courses en billets de 5, 10 et 20, rangé avec les documents, couvre le pain, le carburant et une chambre si vous devez partir. Ce n'est pas une réserve d'un mois, c'est un pont.
- Comment se chauffer si l'électricité est coupée en hiver ?
- Pour trois jours, on ne chauffe pas : on réduit la surface à chauffer à une seule pièce, portes fermées, et tout le monde dort couvert. Au-delà, il faut une source de chaleur sans électricité, et le seul choix compatible avec un logement sans cheminée est un chauffage d'appoint à combustion — poêle à pétrole à mèche avec sécurité, ou chauffage au gaz catalytique — dans une pièce aérée, avec un détecteur de monoxyde de carbone posé avant l'appareil. Jamais de barbecue, de brasero ni de groupe électrogène à l'intérieur. Le guide sur le chauffage sans électricité classe les options selon le logement.
- Que dire aux enfants sans les inquiéter ?
- Les faits, au niveau de leur âge, et surtout ce que la famille a prévu. Un enfant s'inquiète moins d'une coupure de courant expliquée que d'un silence d'adultes. Concrètement : lui montrer où sont les lampes et la radio, lui donner une lampe frontale à lui, faire ensemble le plan de rassemblement et lui apprendre le numéro du contact hors zone. Les brochures nordiques insistent sur la routine : manger à heure fixe, dormir dans la même pièce, garder les jeux de société à portée. Ce qui rassure un enfant, c'est de voir que les adultes ont un plan et des gestes, pas un stock impressionnant.
- Faut-il prévoir un sac pour partir ?
- Oui, mais ce n'est pas le premier poste. La quasi-totalité des crises documentées en Europe se passent chez soi, sans ordre d'évacuation. Le sac sert quand les autorités demandent de quitter le logement — inondation, feu de forêt, accident industriel — et il reprend une partie du kit : eau pour un jour, nourriture, lampe, radio, documents, traitements, vêtements chauds. Le guide du sac d'évacuation le détaille poste par poste, avec son poids. La règle que je garde : le kit 72 h se fait d'abord, le sac se remplit ensuite à partir du kit, et la décision de partir appartient aux autorités, jamais au sac.
Qui a écrit cet article
Baptiste S.
Fondateur et rédacteur · bs-media
Je ne suis ni militaire, ni secouriste, ni guide de montagne. Je suis quelqu'un qui a lu jusqu'au bout le livret « Tous responsables » envoyé aux foyers français, qui vit en Bretagne où les tempêtes coupent le courant chaque hiver, et qui a décidé de faire le travail sérieusement : lire les recommandations officielles, faire les calculs, comparer les fiches techniques, et écrire ce que j'aurais voulu trouver. Ce site ne vend ni la peur ni des bunkers. Il explique ce qu'un foyer ordinaire peut préparer en un week-end, et dans quel ordre.
- Je pars des recommandations officielles — Sécurité civile, Météo-France, Croix-Rouge, FEMA — et je les cite. Ce que je n'ai pas vérifié, je ne l'écris pas.
- Pas d'armes, pas de bunker, pas de fin du monde : ce site prépare un foyer ordinaire à trois jours, deux semaines, un mois.
- Je dis ce qui ne sert à rien, y compris ce qui se vend le mieux dans les boutiques de survie.
- Sur la santé, les médicaments et l'électricité, je renvoie au médecin, au pharmacien ou à l'électricien. Ce n'est pas mon métier.
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