Mars 2020. Le chiffre d’affaires des produits alimentaires en grande surface bondit de 10,9 % sur le mois, « en lien avec les comportements de précaution liés à la crise sanitaire et aux mesures de confinement », écrit l’INSEE dans sa note du 30 avril. Tout le monde se souvient des rayons de pâtes vides, du papier toilette, des chariots pleins de farine.
Ce que personne n’avait fait, dans ces chariots, c’est un calcul.
Un stock alimentaire longue durée ne se compte pas en paquets. Il se compte en kilocalories, par personne et par jour, multipliées par le nombre de jours qu’on veut tenir. C’est la seule façon de savoir si vos placards couvrent trois jours ou trois semaines, et c’est ce que je vais faire ici, ligne par ligne, avec les valeurs de l’ANSES et un calculateur qui refait le compte pour votre foyer.
L’ordre de grandeur, tout de suite : un stock alimentaire longue durée se compte en kilocalories
Le rapport de l’ANSES qui a servi à réviser les repères nutritionnels français fixe le besoin énergétique moyen à 2 600 kcal par jour pour un homme de 18 à 69 ans et 2 100 kcal pour une femme de 18 à 59 ans. Des moyennes de population, pas des prescriptions — ce qu’il faut pour dimensionner un placard : je retiens 2 300 kcal par adulte, à peu près la moyenne des deux, et 1 600 kcal pour un enfant de moins de douze ans, comme ordre de grandeur.
Trois durées, et ce qu’elles représentent pour un adulte seul :
| Durée | Ce que ça couvre | Énergie à stocker | En riz sec, pour l’image |
|---|---|---|---|
| 72 heures | le seuil du livret « Tous responsables » : le temps que les secours s’organisent | 6 900 kcal | 2 kg |
| 2 semaines | une coupure longue, une quarantaine, une rupture d’approvisionnement | 32 200 kcal | 9 kg |
| 1 mois | le palier au-delà duquel le stock devient une organisation | 69 000 kcal | 20 kg |
Le riz n’est là que pour visualiser. Trois jours tiennent dans un bas de placard. Deux semaines aussi. Un mois, c’est une étagère entière, et c’est là que le calcul devient indispensable, parce que l’œil ne sait plus estimer.
Le livret que le gouvernement a publié l’automne dernier, signé du SGDSN et daté du 20 novembre 2025, demande à chaque foyer de tenir 72 heures en autonomie. Il dit « de la nourriture non périssable ». Il ne dit pas combien. C’est ce vide que le calculateur remplit.
Le calcul — en kilocalories, pas en boîtes
Combien de nourriture pour votre foyer, et quoi exactement
Réglez le foyer, la durée et l'activité. Le composant donne le total d'énergie à stocker, puis les quantités par famille d'aliments, avec la méthode sous les yeux.
Le résultat vous donne des grammes par famille d’aliments et le nombre de paquets que ça représente. Gardez le total en tête : tout ce qui suit est la manière de le répartir entre les postes, du plus lourd au plus léger, et ce que chaque poste achète réellement.
La base calorique : riz, pâtes, farine, sucre, huile — le poste le plus lourd
Sur un stock bien construit, la moitié de l’énergie vient de quatre produits qui coûtent presque rien au kilo et se gardent des années : le riz blanc, les pâtes sèches, la farine et le sucre. L’huile s’y ajoute, et elle pèse plus qu’on ne croit dans le compte : 900 kcal pour 100 g, la densité énergétique la plus élevée de tout le placard.
Le raisonnement en kilocalories change la façon de faire les courses. La table Ciqual de l’ANSES, qui documente la composition de 3 484 aliments consommés en France, donne pour le riz et les pâtes secs autour de 350 kcal aux 100 g. Un paquet de pâtes de 500 g, c’est donc 1 800 kcal : les trois quarts d’une journée d’adulte. Un sac de riz de 5 kg, c’est 17 500 kcal, plus d’une semaine pour une personne. Ces deux objets à eux seuls règlent la moitié du problème pour un budget de quelques repas.
Le problème, c’est le stockage. Un sac de riz ouvert attire les mites alimentaires en quelques semaines, la farine prend l’humidité, un paquet de pâtes en carton n’arrête aucun rongeur. En grande surface, le riz et les pâtes sont moins chers qu’en ligne et c’est là que je les achète ; ce qui manque au rayon, ce sont les grands contenants. Une boîte hermétique de 5 à 10 litresaff. par famille d’aliments, avec la date au marqueur sur le couvercle, est le premier achat de ce chapitre, et le seul que je ferais avant même le deuxième sac de riz.
Les protéines : légumineuses sèches et conserves — là où on économise sans perdre
Le deuxième poste, ce sont les protéines, et c’est le poste où l’écart de prix entre deux façons de faire est le plus grand.
La façon chère : les conserves de viande, le thon, le saumon, les plats cuisinés en boîte. Ils se gardent des années, ils se mangent froids en cas de coupure, et un stock qui n’en aurait pas serait triste. Mais leur densité énergétique est basse — autour de 150 kcal aux 100 g pour une boîte de poisson égouttée — et le prix au kilo est dix à quinze fois celui des lentilles.
La façon économe : les légumineuses sèches. Lentilles, pois chiches, haricots blancs, pois cassés : 330 kcal aux 100 g, une conservation de plusieurs années au sec, des protéines et des fibres. Un kilo de lentilles vaut trois repas complets pour quatre personnes. Le défaut est connu : il faut de l’eau et du temps de cuisson, jusqu’à deux litres par kilo pour les lentilles, davantage pour les pois chiches qui trempent d’abord. Ce défaut est traité plus bas, dans le poste que les listes oublient.
Chez moi, la répartition serait celle-ci : 14 % de l’énergie en légumineuses sèches, 8 % en conserves de poisson ou de viande. Les conserves servent aux jours sans cuisson — les premières heures d’une coupure, un soir où le réchaud est vide — et les légumineuses au reste. Sur deux semaines pour quatre personnes, cela fait quatre à cinq kilos de légumineuses et une quarantaine de boîtes de 150 g. C’est très loin des cinquante boîtes de raviolis qu’on voit dans les photos de « stock de survie ».
Une remarque sur les conserves : une boîte cabossée sur le corps se garde, une boîte cabossée sur la soudure ou gonflée se jette : Ready.gov, l’agence fédérale américaine, le rappelle dans sa page sur le stock alimentaire d’urgence, et ajoute de jeter tout ce qui a une odeur ou un aspect anormal, quelle que soit la date.
Les micronutriments : là où économiser coûte plus cher à terme
Un stock de riz, de pâtes et de lentilles nourrit. Il ne nourrit pas bien. Sur trois jours, personne ne s’en aperçoit ; sur un mois, l’absence de légumes, de fruits et de produits laitiers se voit sur la forme, sur l’humeur, et sur les enfants d’abord.
Trois lignes, pas plus. Les conserves de légumes (haricots verts, petits pois, tomates, ratatouille) : 30 kcal aux 100 g, presque rien en énergie, tout en vitamines et en variété. Les fruits secs et les oléagineux (raisins, abricots, amandes, noix) : denses, sans cuisson, appréciés des enfants, un an de garde au sec. Et le lait en poudre.
Le lait en poudre est le seul produit de ce chapitre que je recommande d’acheter en ligne. En rayon, il est rare, en petites boîtes et cher au kilo ; le lait entier en poudre en boîte d’un kiloaff. se trouve facilement sur Amazon, se garde un an ou deux fermé, et donne du calcium, des protéines et du gras à des petits déjeuners qui sinon se résument à du sucre. Un kilo reconstitue huit litres. Pour un foyer avec des enfants, c’est la ligne qui change le plus la qualité du stock pour le moins de place.
Reste la question des compléments : multivitamines, fer, vitamine D. On les voit sur toutes les listes de survie, et je n’en mets pas dans la mienne, parce que ce n’est pas une question de placard.
L’eau de cuisson et le réchaud : le poste que le calcul en boîtes ne voit pas
Voilà le piège du stock sec. Tout ce qui le rend économique — le riz, les pâtes, les légumineuses, le lait en poudre — ne se mange qu’avec de l’eau et de la chaleur. Un placard de 100 000 kcal sans les deux ne vaut rien le soir où l’électricité tombe.
Le compte est vite fait : 1,2 litre par kilo de pâtes, 1,5 litre par kilo de riz, 2 litres par kilo de légumineuses, 8 litres par kilo de lait en poudre. Pour le stock de quatre personnes sur deux semaines calculé plus haut, cela fait une quarantaine de litres, en plus de l’eau de boisson. Le calculateur les affiche pour votre foyer, et le détail de la réserve — combien, dans quoi, où — est dans le guide sur la réserve d’eau potable à la maison, qui compte l’eau de cuisine à part, justement pour ça.
Le réchaud et ses cartouches, comptés comme un poste
La chaleur, ensuite. Un réchaud à cartouche de gaz, du type camping, cuit un kilo de riz ou une casserole de lentilles sans difficulté ; ce qui manque toujours, ce sont les cartouches. Une cartouche de 230 g donne autour d’une heure de flamme vive : comptez une cartouche par jour de cuisson réelle pour une famille, et prévoyez-en donc une quinzaine pour deux semaines, ce qui prend plus de place que le riz lui-même. Elles s’achètent par lot, et c’est le format qui compte : un lot de cartouches de gaz à valve de 230 gaff. compatible avec le réchaud, plutôt que des cartouches perçables qu’on ne peut pas retirer entamées. Il est traité en détail, avec la question de la ventilation, dans le guide pour se chauffer sans électricité — un réchaud en intérieur suit les mêmes règles qu’un chauffage d’appoint, fenêtre entrouverte, jamais dans une pièce fermée.
Et le frigo, dans tout ça ? Il ne fait pas partie du stock. Ce qu’il contient se mange en premier, dans les vingt-quatre heures, et c’est l’un des jalons du guide sur la coupure d’électricité prolongée. Le stock sec commence là où le frigo s’arrête. Une station d’énergie portable de 1 000 Wh le fait tenir une journée de plus, et c’est à peu près tout ce qu’elle fera pour la cuisine : elle n’a pas la puissance d’une plaque, encore moins celle d’un four.
Le sel, le café, le chocolat : le poste moral, et pourquoi il n’est pas facultatif
Sur les listes rationnelles, ce poste n’existe pas. Sur les listes de gens qui ont vécu deux semaines sans courant, il est en haut.
Le sel d’abord, qui ne se périme pas et sans lequel un kilo de riz est immangeable au troisième jour : un kilo suffit pour des mois. Puis ce que votre foyer boit et grignote en temps normal — le café, le thé, le chocolat, les biscuits secs, la confiture, le miel. Ces produits apportent des kilocalories faciles (le chocolat dépasse 500 kcal aux 100 g), mais ce n’est pas pour ça qu’on les stocke. On les stocke parce qu’un petit déjeuner qui ressemble à un petit déjeuner, le quatrième matin sans électricité, change la journée de tout le monde. Ready.gov, qui n’est pas un site sentimental, écrit noir sur blanc de prévoir des « comfort foods ».
Trois paquets de café d’avance, ce n’est pas un stock de survie, c’est de l’avance sur les courses. Ça tourne tout seul.
Le stock de survie qu’on ne mange jamais
Les rations lyophilisées, les « seaux 30 jours » et les barres de survie à dix ans de conservation sont ce qui se vend le mieux dans les boutiques spécialisées, et c’est ce que je n’achèterais pas pour la maison.
Pas parce qu’elles sont mauvaises. Pour un sac d’évacuation, où chaque gramme compte et où la nourriture se prévoit pour un jour ou deux, pas pour deux semaines — c’est le poste « repas » de la liste complète du sac d’évacuation —, un sachet lyophilisé a du sens. Pour un placard, le raisonnement s’inverse. Le prix de la kilocalorie est plusieurs fois celui du riz et des légumineuses. La préparation exige de l’eau chaude, donc le même réchaud et la même eau que le stock ordinaire. Et surtout : personne n’en mange en temps normal. Le seau ne tourne pas, on ne sait pas si les enfants le mangeront, et on le découvre le jour où on en a besoin. Un aliment qu’on n’a jamais cuisiné n’est pas une réserve, c’est un pari.
Ce qui rend le stock ordinaire possible, c’est la réglementation des dates. La DLC, « à consommer jusqu’au », est une limite sanitaire pour les produits frais réfrigérés : passée, on jette. La DDM, « à consommer de préférence avant le », est autre chose. Le ministère de l’Économie, en présentant le décret qui autorise les fabricants à compléter cette mention, écrit que les produits dont la DDM est dépassée « peuvent être consommés sans risque pour la santé », et que l’étiquette pourra désormais porter « Ce produit peut être consommé après cette date ». Riz, pâtes, conserves, farine, sucre, café : tout le stock est en DDM. Une boîte de haricots « périmée » de trois mois, intacte, se mange.
La ligne que les listes oublient : l’ouvre-boîte, le gaz, les allergies, le bébé
Quatre choses qui n’ont pas de kilocalories et sans lesquelles le stock ne sert à rien.
L’ouvre-boîte manuel. Il est sur la liste de Ready.gov en toutes lettres, à côté des conserves, et il est dans le livret français. Il manque pourtant dans une cuisine sur deux, remplacée par un modèle électrique ou par les boîtes à opercule. Un ouvre-boîte manuel en acieraff., un vrai, pas le gadget du couteau multifonction, rangé avec le stock et pas dans le tiroir de la cuisine : c’est l’objet le moins cher de tout l’article et celui qui bloque tout s’il manque. J’en mettrais deux.
Le gaz de cuisson, déjà dit : une cartouche par jour de cuisine, et un réchaud à cartoucheaff. stable, à large assise, qui accepte une casserole de famille. Les réchauds de randonnée sur lesquels on visse une cartouche verticale sont faits pour une popote d’un litre, pas pour quatre personnes.
Les allergies et les régimes. Un stock construit sur le blé et le lait ne nourrit pas un intolérant au gluten ni un enfant allergique aux protéines de lait. « Ne stocker que ce qu’on mange déjà » règle la question, à condition de l’appliquer personne par personne : les étiquettes se lisent avant d’entrer dans la caisse, pas le jour J.
Le bébé, enfin. Le lait infantile en poudre demande de l’eau sûre et chaude — précisément ce qui manque — et le livret français conseille pour cette raison le lait 1er âge liquide, prêt à l’emploi. Un mois de petits pots se compte à part, avec sa propre rotation, parce qu’un bébé change de menu tous les deux mois. Le guide de la liste kit d’urgence 72h détaille cette ligne.
Ce que ça coûte encore après : la rotation, et où ranger tout ça
Un stock n’est pas un achat, c’est une organisation : un après-midi pour le constituer, puis une demi-heure deux fois par an — la partie que la plupart des gens ne font pas.
La méthode s’appelle premier entré, premier sorti. Ce qu’on achète va au fond ou en haut ; ce qu’on cuisine vient du devant. Chaque boîte, chaque sachet porte sa date écrite en gros le jour de l’achat, parce que la DDM imprimée en gris clair sous le fond ne se lit pas dans un placard : au marqueur permanentaff., qui tient sur le plastique, pas au stylo. Deux fois par an — les changements d’heure sont de bonnes dates — on sort tout, on regarde ce qui arrive à échéance dans les six mois, on le cuisine dans les semaines qui suivent et on le remplace. Un stock fait de produits ordinaires se renouvelle presque seul avec les courses. Un stock fait de produits « spécial crise » se périme en silence.
L'étagère — conservée sur votre appareil
Votre réserve tournante, rangée par date
Un produit, sa date, sa quantité. Le composant le pose sur la bonne étagère et vous dit quoi manger ce mois-ci.
Le rangement est l’autre moitié du coût. Trois règles, toutes contre l’appartement moderne : frais, sec, sombre. Loin du four et du lave-vaisselle, loin des tuyaux qui suintent, jamais au balcon ni dans un garage non isolé, où l’été cuit l’huile et où l’hiver gèle les conserves. Les rongeurs et les mites alimentaires s’invitent dans un carton en quelques semaines : d’où les boîtes hermétiques pour tout ce qui est en sachet, et les caisses à couvercle pour les conserves. Dans la boîte de farine et celle du lait en poudre, qui prennent en bloc dès qu’une cuisine est humide, un sachet déshydratant de qualité alimentaireaff. règle le problème pour quelques centimes.
Sans cellier, ça marche quand même. Le bas d’un placard de cuisine pour les 72 heures, à portée de main ; le dessus d’une armoire ou le dessous d’un lit, pour le reste, dans des caisses de 50 litres à couvercle clipsableaff. — un couvercle posé ne tient ni les mites ni la poussière. Deux semaines pour quatre tiennent dans trois caisses, un mois dans six. L’inventaire vit sur une feuille collée à l’intérieur de la porte, ou dans l’étagère ci-dessus.
Ce que je ferais chez moi, dans l’ordre
Je commencerais par les 72 heures, ce week-end, avec ce qu’il y a déjà dans les placards : un inventaire, les dates au marqueur, l’ouvre-boîte rangé avec le stock. C’est ce que demande le livret, et c’est le socle du kit de survie 72h, dont la nourriture n’est qu’un poste parmi douze.
Puis je passerais à deux semaines, sur un mois de courses, en ajoutant un sac de riz, deux paquets de légumineuses, un kilo de lait en poudre et deux cartouches de gaz à chaque passage en magasin, jusqu’à atteindre le chiffre du calculateur. Trois caisses, quarante litres d’eau, un réchaud stable. Ni seau lyophilisé, ni barres de survie, ni multivitamines sans avis médical.
Le mois, je ne le ferais pas tout de suite. Il fait partie d’un palier plus large — chauffage, énergie, eau, et les documents importants en cas d’urgence avec le liquide qui les accompagne — qui est celui du guide pour se préparer à la guerre, au sens où le livret l’entend : une crise longue, pas un film. La nourriture y est le poste le plus facile, et c’est pour ça que je le règle en premier.
Questions fréquentes
- Combien de nourriture prévoir dans un stock alimentaire longue durée ?
- Comptez en énergie, pas en boîtes : environ 2 300 kcal par adulte et par jour, un peu moins pour un enfant, 20 % de plus si vous aurez froid ou de l'eau à porter. Pour deux adultes et deux enfants sur deux semaines, cela fait dans les 110 000 kcal, soit une quinzaine de kilos de riz, pâtes et farine, quatre ou cinq kilos de légumineuses, une soixantaine de conserves (poisson, viande, légumes), un litre et demi d'huile, un kilo de sucre et deux boîtes de lait en poudre. Le calculateur de l'article fait le compte pour votre foyer et affiche la méthode ligne par ligne. Le point qu'on oublie : l'eau de cuisson, une quarantaine de litres pour ce volume, en plus de l'eau de boisson.
- Quels aliments se conservent le plus longtemps sans frigo ?
- Le riz blanc, les pâtes sèches, les légumineuses sèches, le sucre, le miel, le sel et l'huile, dans cet ordre de robustesse, à condition d'être au sec, au frais et à l'abri de la lumière. Les conserves stérilisées suivent de près : elles portent une date de durabilité minimale, pas une date limite, et une boîte intacte reste consommable au-delà. Le lait en poudre et les fruits secs tiennent un an ou deux. Ce qui se garde mal : la farine complète (ses graisses rancissent), les biscuits une fois ouverts, les huiles de noix, tout ce qui contient de l'eau et n'est pas stérilisé. Un stock alimentaire longue durée se construit avec la première liste, et se mange avec la seconde.
- Quelle différence entre DDM et DLC sur une conserve ?
- La DLC (« à consommer jusqu'au ») est une limite sanitaire : passée, on jette. Elle concerne les produits frais réfrigérés. La DDM (« à consommer de préférence avant ») est une indication de qualité : passée, le produit peut avoir perdu du goût ou de la texture, mais la DGCCRF est claire, il se consomme sans risque pour la santé si l'emballage est intact. Riz, pâtes, conserves, sucre, farine, café portent une DDM. C'est ce qui rend le stock possible : une boîte de haricots « périmée » de trois mois n'a rien de périmé. Une boîte gonflée, cabossée sur la soudure ou rouillée, en revanche, part à la poubelle quelle que soit la date.
- Les rations de survie lyophilisées valent-elles le coup ?
- Pour un sac d'évacuation qu'on porte sur le dos, elles ont un sens : légères, compactes, dix ans de conservation. Pour un stock à la maison, non. Elles coûtent plusieurs fois le prix de l'énergie qu'elles apportent par rapport au riz et aux légumineuses, elles exigent de l'eau chaude, et surtout personne n'en mange en temps normal : elles ne tournent pas, on les oublie, et on découvre en pleine coupure que les enfants n'en veulent pas. Un stock qu'on ne mange jamais est un stock qu'on ne sait pas cuisiner. Chez moi, l'argent des rations part dans des boîtes hermétiques et un deuxième sac de riz.
- Comment stocker de la nourriture dans un appartement sans cellier ?
- En hauteur et en boîtes. Le bas d'un placard de cuisine loin du four, le dessus d'une armoire, le dessous d'un lit dans des caisses à couvercle : ce qu'il faut, c'est du sec, du sombre et une température stable, pas une cave. Les paquets de riz et de farine passent dans des boîtes hermétiques de 5 à 10 litres, qui protègent des mites alimentaires et des rongeurs et s'empilent. Deux semaines pour quatre personnes tiennent dans l'équivalent de trois caisses de rangement. Le balcon est exclu : chaleur en été, gel en hiver, humidité toute l'année.
- Comment faire tourner son stock sans rien jeter ?
- Premier entré, premier sorti : ce qu'on achète va au fond, ce qu'on cuisine vient du devant, et la date est écrite au marqueur sur chaque boîte le jour de l'achat, en gros. Deux inventaires par an, aux changements d'heure, suffisent à repérer ce qui arrive à échéance : on le cuisine dans le mois et on le remplace. La règle qui rend tout ça possible : ne stocker que ce que le foyer mange déjà. Un stock fait de produits ordinaires se renouvelle tout seul avec les courses ; un stock fait de produits « spécial crise » se périme en silence. L'étagère interactive de l'article classe vos produits par date.
Qui a écrit cet article
Baptiste S.
Fondateur et rédacteur · bs-media
Je ne suis ni militaire, ni secouriste, ni guide de montagne. Je suis quelqu'un qui a lu jusqu'au bout le livret « Tous responsables » envoyé aux foyers français, qui vit en Bretagne où les tempêtes coupent le courant chaque hiver, et qui a décidé de faire le travail sérieusement : lire les recommandations officielles, faire les calculs, comparer les fiches techniques, et écrire ce que j'aurais voulu trouver. Ce site ne vend ni la peur ni des bunkers. Il explique ce qu'un foyer ordinaire peut préparer en un week-end, et dans quel ordre.
- Je pars des recommandations officielles — Sécurité civile, Météo-France, Croix-Rouge, FEMA — et je les cite. Ce que je n'ai pas vérifié, je ne l'écris pas.
- Pas d'armes, pas de bunker, pas de fin du monde : ce site prépare un foyer ordinaire à trois jours, deux semaines, un mois.
- Je dis ce qui ne sert à rien, y compris ce qui se vend le mieux dans les boutiques de survie.
- Sur la santé, les médicaments et l'électricité, je renvoie au médecin, au pharmacien ou à l'électricien. Ce n'est pas mon métier.
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