200 km/h.
C’est la rafale relevée à la pointe du Raz dans la nuit du 1er au 2 novembre 2023, selon le bilan d’Enedis — avec « des vents de 150 km/h en moyenne » sur la Bretagne. Ciarán n’a pas surpris grand monde : Météo-France l’avait vue venir plusieurs jours à l’avance. Elle a quand même laissé 1,2 million de foyers sans courant au petit matin.
Se préparer à une tempête, c’est donc d’abord comprendre pourquoi une nuit annoncée a coûté si cher, et ce qu’un foyer pouvait faire à J-2 pendant que la carte était encore jaune. Un seul cas, disséqué de bout en bout. La leçon générale viendra en creux.
La situation de départ, en chiffres
Nuit du mercredi 1er au jeudi 2 novembre 2023. Une dépression creusée très vite au large, qui aborde la pointe bretonne en pleine nuit — le pire horaire, celui où personne ne voit ce qui tombe.
Météo-France déclenche la vigilance rouge dans trois départements — le Finistère, les Côtes-d’Armor et la Manche — et qualifie ensuite Ciarán de tempête « la plus sévère sur la Bretagne » depuis l’ouragan de 1987. Le même bilan insiste sur un point : sa trajectoire et son intensité « avaient été très bien prévues », plusieurs jours avant.
Retenez cette phrase. Elle veut dire que le J-2 a existé pour tout le monde.
Le 2 novembre à 8 h, Enedis publie son premier point : 1,2 million de clients privés d’électricité à 7 h, dont 780 000 en Bretagne, des rafales au-delà de 170 km/h, 3 000 salariés et prestataires mobilisés, 300 groupes électrogènes, 30 hélicoptères. Un an plus tard, le bilan définitif du distributeur parle de 3 400 techniciens, de 2 200 groupes électrogènes acheminés et de 8 000 poteaux.
Huit mille poteaux. Ce n’est pas une panne, c’est un réseau à reconstruire, et c’est cette échelle-là que le foyer ne mesure pas quand il lit « coupure ».
Ce qui a été décidé, et sur quelle base
La vigilance rouge a une définition, et elle n’est pas rhétorique : « Une vigilance absolue s’impose. Des phénomènes dangereux d’intensité exceptionnelle sont prévus. » Concrètement, dans les trois départements, la consigne a été de ne pas sortir, et la vie collective s’est arrêtée pour la nuit et la matinée.
Pour le vent, les conseils de comportement de Météo-France tiennent en quatre lignes dès l’orange : « Je protège ma maison et les biens exposés au vent. Je limite mes déplacements. Je prends garde aux chutes d’arbres et d’objets. J’installe les groupes électrogènes à l’extérieur de la maison. » Et la page annonce, pour le rouge, « des coupures d’électricité et de téléphone » pouvant « affecter les réseaux de distribution pendant des durées très importantes ».
Relisez la première ligne. « Je protège ma maison et les biens exposés au vent » n’est pas une consigne pour la nuit de la tempête : à ce moment-là, il est trop tard pour être dehors. C’est une consigne pour l’avant-veille, et l’État l’écrit noir sur blanc dans sa carte de vigilance. C’est là que se joue tout ce qui suit.
Ce qui a été décidé le jour J l’a été correctement : la rouge a été déclenchée à temps, et les gens sont restés chez eux. Le problème n’est pas venu du jour J.
Le poste qui a dérapé : la durée, et le téléphone avec
Le bilan d’Enedis dit que « 90 % des foyers privés d’électricité ont été réalimentés après quelques jours ». Lu vite, c’est rassurant. Lu lentement, cela veut dire que 10 % — de l’ordre de 120 000 foyers, sur 1,2 million — ont attendu plus que quelques jours, en novembre, sans chauffage électrique, sans surpresseur, sans congélateur.
Pourquoi ? Parce que dans le Finistère intérieur, les lignes traversent les arbres. Une question au gouvernement, posée à l’Assemblée nationale sept mois après, rappelle que « dans certaines zones » du département, « 80 % des arbres ont été couchés », que les dégâts dépassent « 1 milliard d’euros », et qu’à Cléden-Poher une centaine d’habitants étaient encore sans téléphone fixe ni mobile fin mai 2024.
Sept mois. C’est le second poste qui a dérapé, et celui qu’aucun foyer n’avait sur sa liste : le réseau mobile. Les antennes ont des batteries de secours qui durent quelques heures ; quand le courant manque plusieurs jours, elles s’éteignent l’une après l’autre. Le téléphone qui affiche « aucun service » ne prévient personne, il n’appelle pas le 112, il ne dit pas si la route est ouverte.
Le foyer qui avait une radio à piles savait ce que disait la préfecture. Les autres attendaient qu’un voisin passe. Une radio d’urgence à manivelleaff. règle ce point pour le prix d’un plein, et elle se prend à J-2, quand le colis arrive encore — le choix d’une radio d’urgence à manivelle mérite cinq minutes, pas plus, mais avant la saison.
Ce dérapage n’a rien d’exceptionnel. Il est structurel : le rétablissement suit la loi du dernier kilomètre. Les 90 % faciles se refont en jours, les 10 % difficiles en semaines, et l’on ne sait jamais à l’avance dans quel dixième on habite.
Ce que ça a coûté, ligne par ligne
Pour le réseau, la ligne est connue : plus d’un milliard d’euros de dégâts selon la question parlementaire citée plus haut, 3 400 techniciens, 2 200 groupes électrogènes, 30 hélicoptères, 750 tonnes de matériel et 8 000 poteaux selon Enedis. Ce sont les chiffres d’un distributeur ; ils ne disent rien du foyer.
Pour le foyer coupé cinq jours en novembre, la facture se décompose autrement, et aucune ligne n’est spectaculaire.
| Poste | Ce qui s’est passé | Ce que ça a coûté |
|---|---|---|
| Le congélateur | Fermé, il tient environ 48 h. Au-delà, sans groupe, tout part | Un congélateur plein, à racheter en contenu |
| L’eau | En immeuble, le surpresseur s’arrête ; à la campagne, la pompe du captage aussi | Des jours de bouteilles, ou de seaux |
| Le chauffage | Chaudière gaz ou fioul : sans courant, la pompe et la régulation ne tournent pas | Des nuits à 12 °C, et la tentation du brasero dedans |
| Le téléphone | Antennes éteintes après quelques heures de batterie | Plus de 112, plus d’informations, plus de nouvelles |
| La toiture | Tuiles envolées, eau dedans pendant les jours qui suivent | Un couvreur en liste d’attente pendant des semaines |
| L’assurance | Déclaration tardive, pas de photos, débris jetés | Une indemnisation discutée, ou refusée |
Le chauffage est la ligne qui inquiète. Une chaudière à gaz ou à fioul s’arrête avec le courant — la pompe, le brûleur et la régulation sont électriques —, et c’est en cherchant à se chauffer sans électricité que les foyers prennent les risques les plus graves : brasero, barbecue, groupe rentré « juste pour la nuit ».
Sur l’assurance, une distinction que le lendemain d’une tempête n’est pas le moment d’apprendre. Le vent relève de la garantie tempête du contrat multirisques habitation, pas du régime des catastrophes naturelles, qui suppose un arrêté publié au Journal officiel. Le délai de déclaration est celui du contrat, et ABE Infoservice, le service d’information de la Banque de France, rappelle qu’il « ne peut être inférieur à 5 jours ouvrés ». La pièce attendue est la même que pour une crue : « une liste chiffrée de tous les objets perdus ou endommagés accompagnée des justificatifs permettant de prouver l’existence et la valeur des biens (factures et photographies par exemple) ». Photos d’abord, rangement ensuite. Les factures des gros achats et la copie du contrat se rassemblent avant, avec les documents importants en cas d’urgence, parce qu’on ne les retrouve pas dans un garage dont le toit est parti.
Ce qui aurait dû être vérifié avant
Tout ce qui précède se règle à J-2, quand la carte est encore jaune et que la consigne de Météo-France — « je protège ma maison et les biens exposés au vent » — est encore exécutable.
Le tour de la maison, d’abord. Il ne prend pas une heure, mais il se fait dans un ordre : ce qui vole avant ce qui tombe. Un trampoline non ancré, un parasol sur pied, un salon de jardin léger, un brise-vue tendu sur le grillage partent les premiers et atterrissent sur une ligne, une voiture ou une fenêtre. La toiture, la cheminée et les gouttières se regardent depuis le sol, jamais depuis une échelle à J-1 — des gouttières vidées en octobre servent deux fois, contre le débordement d’automne et contre les brandons d’un feu de forêt l’été suivant ; une tuile de travers est un couvreur avant la saison, pas un bricolage sous les premières rafales. La voiture ne dort ni sous un arbre ni contre un mur pignon, et son réservoir est plein — après la tempête, les stations sans courant ne pompent plus.
Cliquez chaque zone du schéma, cochez-la une fois vérifiée : le composant retient ce que vous avez fait et vous dit ce qui reste à faire de plus dangereux.
L'audit — cliquez chaque zone, cochez-la une fois vérifiée
Le tour de la maison à J-2
Cliquez une zone du schéma. La fiche s'ouvre ici : ce qu'il faut vérifier, le geste à J-2, l'objet qui sert.
C'est l'objet qui vole le plus loin d'un jardin : une toile tendue sur des ressorts est une voile. Ancré au sol ou démonté, il n'y a pas de troisième option.
À J-2 : démonter la toile et le filet, ou ancrer les pieds avec des sangles et des ancres à visser. Sous vigilance orange, un trampoline non ancré finit chez le voisin ou sur la ligne électrique.
Des ancres à visser dans le sol et des sangles à cliquet, à poser une fois pour la saison. Inutile sur une dalle : là, on démonte.
Table, chaises, parasol, coussins, barbecue, jardinières, bac à compost. Tout ce qui pèse moins qu'un adulte vole à 120 km/h, et un parasol fermé mais laissé sur pied part avec la table.
À J-2 : rentrer ce qui rentre (garage, abri, cave, salon). Ce qui ne rentre pas se couche au sol, contre un mur, et se sangle. Le parasol se retire de son pied.
Deux ou quatre sangles de bonne longueur tiennent une table de jardin couchée, un barbecue, un salon empilé. Elles servent aussi pour l'abri et le trampoline : c'est l'objet le plus polyvalent de cette liste.
Un abri en tôle ou en résine non fixé au sol se soulève par le toit. Les portes fermées à clé ne servent à rien si les panneaux partent.
À J-2 : vérifier l'ancrage au sol ; sangler l'abri léger par-dessus le toit à des ancres ; rentrer dedans ce qui traîne dehors, et rien de ce qu'on voudrait aller chercher pendant la tempête.
Des ancres hélicoïdales à visser dans la terre, avec des sangles passées sur le toit, retiennent un abri léger. Sur une dalle, ce sont des chevilles à expansion — du bricolage, pas de l'improvisation à J-1.
Branches mortes, arbre qui penche, racines soulevées côté vent dominant, arbre à moins d'une hauteur d'arbre de la maison ou de la ligne électrique. Après Ciarán, une commune du Finistère a vu 80 % de ses arbres couchés.
À J-2 : tailler ce qui est mort et accessible du sol ; garer la voiture ailleurs que sous les branches ; noter l'arbre qui inquiète pour un élagueur après la saison. Un arbre ne se coupe pas à J-1.
Pour les branches mortes à hauteur d'homme, une scie à main avec étui. Tout ce qui demande une échelle ou une tronçonneuse relève d'un élagueur — et d'un devis.
Où dort-elle ? Sous un arbre, contre un mur pignon qui perd ses tuiles, sur un parking de bord de mer, le long d'un panneau publicitaire : autant de mauvaises réponses.
À J-2 : la garer au garage, ou dégagée de tout arbre et de tout mur. Faire le plein : après une tempête, les stations sans courant ne pompent plus. Y laisser une lampe et un chargeur.
La voiture est le générateur de secours de tout le monde : un chargeur allume-cigare avec le bon câble recharge le téléphone pendant les jours de coupure. À laisser dans la boîte à gants.
Tuiles déplacées, faîtage descellé, plaques de tôle ou de fibrociment sur les appentis, panneaux solaires mal fixés. Une tuile qui bouge par vent modéré part par vent fort, et emmène ses voisines.
À J-2 : regarder depuis le sol, aux jumelles ou au téléphone, pas depuis le toit. Une tuile visible de travers s'appelle un couvreur avant l'hiver ; à J-1, on ne monte pas.
Ce n'est pas pour avant, c'est pour après : une bâche épaisse à œillets et des sangles ferment un trou de toiture en attendant le couvreur, qui mettra des semaines à venir après une tempête régionale. On l'achète avant la saison, pas le lendemain.
Souche fissurée, chapeau descellé, antenne fixée dessus. C'est la partie la plus exposée de la maison et celle qui tombe sur le toit du voisin.
À J-2 : vérifier depuis le sol que le chapeau et l'antenne sont solidaires. Retirer une parabole mal fixée. Pendant la tempête, ne pas allumer le poêle ou la cheminée : le vent refoule.
Sans rapport avec la cheminée elle-même, et pourtant : le lendemain, avec le groupe électrogène, le poêle ou le réchaud rentrés « juste un moment », c'est lui qui prévient. Un par niveau, à piles.
Feuilles de l'automne, descente bouchée, crochets desserrés. Une gouttière pleine déborde sous la pluie de la tempête et l'eau rentre par le haut des murs ; une gouttière descellée devient une lame de tôle.
À J-2, par temps calme : vider les gouttières accessibles depuis une échelle stable tenue par quelqu'un, dégager la descente, resserrer les crochets. Pas à J-1 sous les premières rafales.
Posée une fois, elle évite de remonter chaque automne. Ce n'est pas un objet d'urgence, c'est un objet de septembre.
Volets battants qui ferment mal, crochets d'arrêt cassés, volet roulant qui claque dans ses coulisses. Un volet qui bat toute la nuit finit par partir, et il emmène la fenêtre.
À J-2 : fermer tous les volets et vérifier les verrous, réparer un crochet manquant. Pendant : volets fermés, rideaux tirés, personne à moins de deux mètres des vitres exposées au vent. Le scotch en croix sur les vitres ne sert à rien.
Volets fermés, le salon est noir dès 17 h. Une frontale par personne, avant que le courant ne coupe, et le téléphone garde sa batterie pour les nouvelles.
Portail battant sans butée, panneaux de clôture en bois ou en canisse, brise-vue tendu sur le grillage : le brise-vue transforme la clôture en voile et la couche.
À J-2 : retirer les brise-vues et les canisses, bloquer le portail en position fermée, vérifier les poteaux. Un portail ouvert qui claque casse ses gonds en une heure.
Une butée au sol ou un arrêt de vantail pour que le portail ne batte pas : le genre d'objet à quelques euros qu'on ne pense à acheter qu'après l'avoir vu tordu.
Jardinières sur la rambarde, étendoir, chaises pliantes, vélo, brise-vue. Un pot de fleurs à un quatrième étage est un projectile.
À J-2 : rentrer tout ce qui est sur le balcon. Tout. Ce qui ne rentre pas — le gros bac — se descend au sol du balcon, contre le mur, loin de la rambarde.
Pour le bac qui ne rentre pas : sanglé à la rambarde, au sol, il ne bouge plus. Deux sangles suffisent pour un balcon.
Puis la veille, dedans. L’eau se remplit à J-1 — bidons, casseroles, baignoire — parce que dans un immeuble, l’eau coupe avec le surpresseur, et qu’à la campagne, la pompe du captage suit le courant. Un bidon d’eau alimentaire avec robinetaff. de dix litres rempli la veille couvre trois jours pour une personne, sans dépendre de personne. Le téléphone, la batterie externe et les lampes se chargent — une lampe frontaleaff. par personne, parce que le téléphone utilisé en torche est vide à minuit, au moment où l’on en a besoin pour le 112. Le congélateur passe au plus froid et ne s’ouvre plus. La radio sort du placard avec ses piles, et l’on découvre — à J-1, c’est encore rattrapable — qu’elles sont mortes.
Enfin H-6 : un dernier tour dehors — rien ne traîne, portail bloqué —, volets fermés, rideaux tirés, box et ordinateur débranchés parce que le retour du courant fait plus de dégâts que la coupure, un repas chaud cuisiné pendant qu’il y a du courant. Après, plus personne ne sort.
Se préparer à une tempête chez vous : ce que ce cas vaut, et ce qu’il ne vaut pas
Ce que Ciarán vaut pour votre foyer tient dans le compte à rebours ci-dessous : cinq jalons, de J-2 à J+1, avec les gestes de chacun. Il se coche sur le téléphone, il se souvient, et il vous dit lequel des jalons est en retard.
Le compte à rebours — conservé sur votre appareil
De J-2 à J+1, ce qui se fait à chaque jalon
On vous prévient avant la saison des tempêtes ?
Le J-2 n'existe que si l'on regarde la carte. Laissez votre adresse : un message avant la saison, avec cette liste à refaire et les piles à vérifier — et rien d'autre.
Deux jalons appellent un mot de plus, parce que ce sont ceux où l’on se blesse.
Pendant : on ne sort pas, même pour « vérifier ». Une tuile à 150 km/h ne prévient pas. On dort dans la pièce du côté abrité, loin des vitres exposées, et l’on n’allume ni le poêle ni la cheminée — le vent refoule dans le conduit et la fumée rentre. Pas de bougies non plus dans une pièce où l’on dort : une lanterne LED de campingaff. posée au milieu de la pièce refuge éclaire tout le monde pendant des heures, sans flamme. Le scotch en croix sur les vitres, lui, ne sert à rien : il ne retient ni la vitre ni ce qui la traverse.
Après : le danger change de nature. Une ligne à terre ne se touche pas, ni la branche posée dessus, ni la flaque autour ; on s’écarte, on appelle le 112 si quelqu’un est en danger, sinon le dépannage Enedis. Le groupe électrogène tourne dehors, à plusieurs mètres des fenêtres, et jamais au garage — et un détecteur de monoxyde de carboneaff. à piles, un par niveau, prévient de ce que le nez ne sent pas quand le réchaud ou le poêle d’appoint sont rentrés « juste un moment ».
Le congélateur se garde fermé jusqu’à 48 heures, puis se trie : ce qui est encore dur se recongèle, le doute se jette. Si la coupure s’installe, on est dans le cas de la coupure d’électricité prolongée, avec ses jalons à elle. Et si la toiture est ouverte, on bâche depuis l’intérieur ou par un professionnel, pas sur le toit sous les rafales résiduelles ; une bâche de toiture renforcéeaff. à œillets, achetée avant la saison, ferme un trou en attendant un couvreur qui mettra des semaines à venir — le lendemain d’une tempête régionale, il n’y en a plus en magasin.
Voilà pour ce que le cas vaut. Ce qu’il ne vaut pas mérite autant de place.
Ciarán est une tempête d’automne sur une côte atlantique, prévue à plusieurs jours. Un orage violent d’été — une ligne de grains, un derecho — donne des rafales comparables sur une bande étroite, avec une heure de préavis, parfois moins : le J-2 n’existe pas, et seul compte ce qui était déjà rangé. Une tempête sur une ville dense ne couche pas d’arbres sur les lignes enterrées ; elle fait tomber des cheminées, des échafaudages, des enseignes, et le danger est dans la rue, pas dans la coupure. Un appartement au sixième n’a ni toiture ni jardin ; il a un balcon, des vitres exposées, un ascenseur qui s’arrête et un surpresseur au sous-sol. Le compte à rebours change de contenu, pas de logique. La canicule sans climatisation est le cas limite de la même famille : pas de J-2 dehors, mais une journée dedans qui se joue à 9 h, quand on ferme, et la coupure de 17 h au pic de consommation.
Et ce cas ne vaut rien pour une inondation, qui a son propre calendrier : là, c’est l’eau qui monte, et le geste décisif est de ne pas descendre au parking. Les deux se retrouvent dans le guide pour se préparer à une catastrophe naturelle, qui les met sur la même année, saison par saison, et dans le kit de survie 72 h, qui est ce que les deux ont en commun.
La prochaine saison
Elle arrivera entre octobre et mars, comme les précédentes. Météo-France la verra venir plusieurs jours avant, comme Ciarán. La carte passera jaune un lundi, orange un mardi, et la plupart des foyers liront « soyez attentifs » sans rien faire, parce que le jaune ne fait peur à personne.
Ce qui s’usera d’ici là : les piles de la radio — des piles au lithium à longue conservationaff. passent la saison morte dans un tiroir bien mieux que des alcalines —, le crochet du volet qu’on n’a pas remplacé, la sangle laissée dehors tout l’été. Ce qu’on regrettera : le parasol qu’on avait « presque » rentré, le plein qu’on ferait demain, le couvreur qu’on n’a pas appelé pour la tuile de travers en juin.
Ce qu’on ne regrettera pas : les vingt minutes du tour de la maison, un mardi soir, pendant que la carte était jaune. Elles ne changent rien à la tempête. Elles changent ce qu’elle trouve chez vous.
Questions fréquentes
- Comment se préparer à une tempête quand la vigilance orange est annoncée ?
- En deux jours et dans l'ordre. À J-2, dehors : rentrer tout ce qui vole (mobilier, parasol, trampoline, jardinières), sangler ce qui reste, regarder la toiture depuis le sol, garer la voiture loin des arbres et faire le plein, fermer les volets. À J-1, dedans : remplir des bidons — l'eau coupe avec le courant dès qu'un surpresseur ou une pompe est dans la boucle —, charger tout ce qui se charge, mettre le congélateur au plus froid, choisir la pièce refuge côté abrité, sortir la radio et les lampes. À H-6, un dernier tour dehors, puis plus personne ne sort. Ciarán avait été annoncée plusieurs jours à l'avance : le J-2 existe, à condition de regarder la carte.
- Faut-il scotcher les vitres en croix avant une tempête ?
- Non. Le ruban adhésif ne retient ni la vitre ni ce qui la traverse ; au mieux il tient quelques éclats groupés, au pire il donne l'impression d'avoir protégé la fenêtre et l'on reste devant. Ce qui protège une fenêtre, c'est le volet fermé et verrouillé, et ce qui protège les personnes, c'est la distance : rideaux tirés, personne à moins de deux mètres d'une vitre exposée au vent, et la nuit passée dans la pièce du côté abrité. Si un volet manque, on éloigne les meubles de la fenêtre et l'on ferme la porte de la pièce. Le scotch se vend bien parce qu'il se pose en cinq minutes, ce qui n'en fait pas une protection.
- Combien de temps dure une coupure d'électricité après une tempête ?
- Quelques heures pour la plupart, plusieurs jours pour une minorité, et c'est cette minorité qu'il faut préparer. Après Ciarán, Enedis comptait 1,2 million de clients coupés le 2 novembre 2023 au matin, 780 000 en Bretagne ; 90 % ont été réalimentés « après quelques jours ». Les 10 % restants — de l'ordre de 120 000 foyers — ont attendu plus longtemps, dans les zones où les lignes traversent des arbres. Météo-France l'écrit dans sa vigilance rouge vent : des coupures « pendant des durées très importantes ». Trois jours d'autonomie en eau, lumière, information et repas sans cuisson longue sont le minimum ; une semaine n'est pas exagérée dans une commune boisée.
- Un groupe électrogène peut-il fonctionner dans le garage pendant une tempête ?
- Jamais, même porte ouverte, même « juste une heure ». Un moteur thermique produit du monoxyde de carbone, invisible et sans odeur, qui s'accumule dans un espace clos ou semi-clos et tue en moins d'une heure. Météo-France l'inscrit parmi ses quatre conseils de comportement en vigilance orange vent : « J'installe les groupes électrogènes à l'extérieur de la maison. » Dehors, à plusieurs mètres des fenêtres et des bouches d'aération, sous une protection contre la pluie qui ne l'enferme pas. Un détecteur de monoxyde de carbone par niveau, à piles, prévient de ce que le nez ne sent pas. Et le raccordement au tableau n'est pas un geste de foyer : c'est un électricien.
- Que faire si une ligne électrique est tombée devant chez moi ?
- Ne rien toucher, et ne pas laisser toucher : ni le câble, ni la branche posée dessus, ni la voiture qu'il effleure, ni la flaque autour. Une ligne à terre peut être sous tension sans un bruit ni une étincelle. On s'écarte, on empêche les enfants et les chiens d'approcher, on prévient les voisins, et on appelle : le 112 si quelqu'un est en danger ou si la ligne fume, sinon le numéro de dépannage d'Enedis pour votre département. Après Ciarán, ce sont 8 000 poteaux qu'Enedis a dû remplacer ; les lignes au sol se sont comptées par milliers, parfois pendant des jours. La règle vaut pour chacune.
- L'assurance couvre-t-elle les dégâts d'une tempête ?
- Oui, par la garantie tempête du contrat multirisques habitation, et non par le régime des catastrophes naturelles, qui suppose un arrêté publié au Journal officiel. Le délai pour déclarer est celui de votre contrat, qui ne peut pas être inférieur à 5 jours ouvrés selon ABE Infoservice, le service d'information de la Banque de France. On photographie tout avant de ranger, on garde les débris et les objets abîmés pour l'expert, et l'on fournit une liste chiffrée avec factures ou photos. Les franchises et les exclusions varient d'un contrat à l'autre — le vôtre se lit avant la saison, pas le lendemain d'une nuit à 150 km/h.
- Comment garder le contact quand le réseau mobile tombe après une tempête ?
- En ayant prévu qu'il tomberait. Les antennes mobiles dépendent du courant et de batteries de secours qui durent quelques heures ; après Ciarán, certains habitants du Finistère sont restés sans téléphone fixe ni mobile pendant des mois. Ce qui reste : la radio FM sur piles ou à manivelle pour les consignes, un point convenu avec les proches — un message court à heure fixe quand le réseau revient par intermittence —, et la voiture comme chargeur. Le téléphone se garde pour le 112 et pour ce message-là, pas pour regarder des vidéos de la tempête. Un voisin qu'on va voir à pied remplace beaucoup d'appels.
Qui a écrit cet article
Baptiste S.
Fondateur et rédacteur · bs-media
Je ne suis ni militaire, ni secouriste, ni guide de montagne. Je suis quelqu'un qui a lu jusqu'au bout le livret « Tous responsables » envoyé aux foyers français, qui vit en Bretagne où les tempêtes coupent le courant chaque hiver, et qui a décidé de faire le travail sérieusement : lire les recommandations officielles, faire les calculs, comparer les fiches techniques, et écrire ce que j'aurais voulu trouver. Ce site ne vend ni la peur ni des bunkers. Il explique ce qu'un foyer ordinaire peut préparer en un week-end, et dans quel ordre.
- Je pars des recommandations officielles — Sécurité civile, Météo-France, Croix-Rouge, FEMA — et je les cite. Ce que je n'ai pas vérifié, je ne l'écris pas.
- Pas d'armes, pas de bunker, pas de fin du monde : ce site prépare un foyer ordinaire à trois jours, deux semaines, un mois.
- Je dis ce qui ne sert à rien, y compris ce qui se vend le mieux dans les boutiques de survie.
- Sur la santé, les médicaments et l'électricité, je renvoie au médecin, au pharmacien ou à l'électricien. Ce n'est pas mon métier.
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