Le GPS du téléphone marche sans réseau. C’est vrai : la puce reçoit les satellites, pas l’antenne-relais, et un point bleu s’affiche au fond de n’importe quelle vallée. Le GPS du téléphone tombe en panne sans réseau. C’est vrai aussi : l’écran cherche des données qu’il ne reçoit pas, le fond de carte reste gris, et la batterie se vide deux fois plus vite à chercher un réseau qui n’existe pas.
Les deux phrases sont exactes, et c’est bien le problème. On part, pour s’orienter, avec un outil qui fonctionne jusqu’au moment où il ne fonctionne plus, et ce moment arrive sans prévenir, en général vers 17 h, quand il commence à faire froid.
S’orienter sans GPS n’est pas un savoir de guide. C’est trois gestes qu’on apprend sur une table de cuisine — orienter une carte, prendre un azimut, le retourner — et une décision qu’on prend avant de partir : l’heure à laquelle on s’arrête.
« Je ne sais plus où je suis » : trois situations différentes
La phrase est la même, le diagnostic non. On la prononce dans trois cas, et je les classe par fréquence, parce que le premier est de loin le plus courant et se règle en cinq minutes, alors que le troisième est rare et peut coûter une nuit dehors.
Le cas n° 1 : vous avez une carte — papier, ou en cache sur le téléphone — mais vous ne savez plus où vous êtes dessus. Le sentier a bifurqué sans que vous le remarquiez, le balisage s’est perdu dans une coupe de bois, vous avez suivi le groupe. La carte est juste, votre point l’est moins.
Le cas n° 2 : vous n’avez pas de carte, ou elle ne couvre plus la zone, mais vous savez de quel côté est la vallée, la route, le village. Vous n’êtes pas perdu, vous êtes hors piste.
Le cas n° 3 : le téléphone est déchargé ou cassé, vous n’avez ni carte ni boussole, et la direction générale n’est pas évidente — forêt plate, brouillard, nuit. C’est celui-là qui remplit les comptes rendus de secours, et il commence presque toujours par les deux autres, mal gérés.
Chaque cas a un test qui le confirme et une méthode qui le règle. Puis vient ce que la mesure change et ne change pas, et enfin ce qu’on fait quand rien ne colle.
Cas n° 1 : vous avez une carte, vous avez perdu votre position dessus
Le test tient en une question : pouvez-vous nommer deux objets visibles autour de vous qui figurent sur la carte ? Un sommet, une antenne, un château d’eau, un lac, une route qu’on entend. Si oui, vous êtes dans le cas n° 1, et vous allez vous recaler. Si non, montez de vingt mètres — une crête, une clairière — et reposez la question avant de conclure.
Lire la carte IGN, l’échelle et les courbes
La carte de randonnée en France, c’est le 1:25 000 de l’IGN, que la FFRandonnée juge idéale pour les randonneurs. L’IGN résume la lecture en cinq étapes : à cette échelle, un centimètre sur le papier représente 250 mètres sur le terrain. Quatre centimètres, un kilomètre. Le nord est en haut : « le nord correspond aux bords droit ou gauche de la carte ».
Le relief se lit sur les courbes de niveau, ces lignes orangé-brun qui relient les points de même altitude. L’IGN précise l’équidistance — la différence d’altitude entre deux courbes — « 5 mètres en plaine, 10 mètres en montagne, voire 20 mètres par endroit », et la fédération ajoute qu’elle est de 10 mètres sur une grande partie des cartes françaises au 1:25 000. Toutes les cinq courbes, une courbe maîtresse plus épaisse porte son altitude en chiffres, et ces chiffres sont orientés vers le sommet : c’est le détail qui dit, sans réfléchir, de quel côté ça monte. Des courbes serrées, c’est raide ; des courbes qui s’écartent, c’est un replat.
Les couleurs de la légende : noir pour ce qui est construit, bleu pour l’eau, vert pour la végétation, bistre pour le relief, rouge magenta pour les itinéraires de randonnée, les refuges, les gîtes. Une carte qu’on sait lire se recale en trois minutes. Une carte qu’on découvre le jour où l’on est perdu, non.
Le nord magnétique, et la déclinaison qu’on ne corrige pas de tête
L’aiguille de la boussole pointe le nord magnétique. Le quadrillage de la carte, lui, suit le nord géographique. L’angle entre les deux s’appelle la déclinaison magnétique, et l’IGN écrit que son incidence est faible en France métropolitaine — sa valeur locale et sa variation annuelle sont imprimées dans la marge de chaque carte. Je ne donne pas de chiffre ici, volontairement : il dépend du lieu et de l’année, et la carte que vous tenez le dit mieux qu’un article. Sur une sortie ordinaire, avec des repères tous les kilomètres, une boussole tenue à la main se trompe davantage que la déclinaison. On la corrige quand on suit un long azimut en terrain nu.
Ce qui compte plus que la déclinaison : tenir la boussole loin du téléphone, de la montre connectée et de la boucle de ceinture. Un aimant de coque à dix centimètres dévie l’aiguille de plus que n’importe quelle déclinaison européenne.
Prendre un azimut, le retourner, se recaler sur deux repères
La boussole utile ici est une boussole à plaquette : un cadran qui tourne, gradué de 0 à 360, une flèche de direction de marche sur la plaquette, des lignes nord au fond du cadran pour la poser sur la carte. Viser le repère avec la flèche, tourner le cadran jusqu’à ce que son N se pose sous l’aiguille : la valeur sous l’index est l’azimut. Ajouter ou retirer 180 : c’est l’azimut inverse, celui qu’on tracera depuis le repère vers soi.
Deux repères, deux azimuts inverses, deux droites au crayon depuis les repères : vous êtes au croisement. Trois repères font un petit triangle, et vous êtes dedans. Au crayon, jamais au stylo : un azimut faux se gomme, une trace à l’encre reste sur la carte pour toutes les sorties d’après — un crayon à papier avec sa gommeaff. pèse deux grammes dans le porte-carte. C’est la seule méthode de cet article qui donne une position, pas seulement une direction, et elle se répète ci-dessous jusqu’à ce qu’elle soit acquise.
La boussole — tournez le cadran, puis trois exercices
Prendre un azimut, calculer son inverse, se recaler
Glissez sur le cadran, ou flèches du clavier une fois le cadran sélectionné.
Azimut lu à l'index
0°
Azimut inverse (± 180°)
180°
L'aiguille rouge pointe le nord magnétique du terrain. La flèche orange de la plaquette est votre direction de marche. Vous tournez le cadran jusqu'à ce que son N se pose sous l'aiguille : la valeur sous l'index est votre azimut. Pour revenir, on ajoute ou retire 180.
-
01Sur la carte, le refuge est à l'azimut 240° de votre position. Réglez le cadran sur 240.
-
02Vous voilà au refuge, le brouillard tombe. Quel azimut pour revenir au point de départ ?
-
03Vous ne savez plus où vous êtes sur la carte. Vous visez un château d'eau au 300° et une antenne au 30°. Quels azimuts inverses tracez-vous depuis chacun d'eux ?
Mon avis sur l’objet, puisqu’il conditionne le geste : une boussole ronde de porte-clés ne vise rien, et l’application boussole du téléphone ne se pose pas sur une carte. Ce que je garde dans le sac, c’est une boussole à plaquette avec miroir de viséeaff. — le miroir permet de lire le cadran en visant, à un ou deux degrés près au lieu de dix, et la règle graduée au 1:25 000 sur le bord mesure la distance sans conversion.
Cas n° 2 : pas de carte, mais une direction générale connue
Le test qui le départage du précédent : sans carte, savez-vous quand même dire « la route est en bas, vers l’est » ou « le village est de l’autre côté de la crête » ? Si oui, vous n’avez pas besoin d’une position. Vous avez besoin d’un cap et d’une ligne d’arrêt.
La ligne d’arrêt, c’est l’objet long qu’on ne peut pas rater en marchant dans la bonne direction : une route, une rivière, une ligne électrique, un chemin de crête. On ne vise pas le village — un point, qu’on manque de deux cents mètres et qu’on ne voit jamais —, on vise la route qui y mène, une ligne de dix kilomètres qu’on finit par couper. Une fois dessus, on la suit. C’est moins élégant qu’un recalage. C’est plus sûr.
Garder le cap à la boussole, au soleil, la nuit
À la boussole : on règle l’azimut choisi, on tient la plaquette devant soi, on tourne sur place jusqu’à ce que l’aiguille se pose dans le N, on repère un objet dans l’axe de la flèche — un arbre, un rocher — à cinquante mètres, on marche jusqu’à lui, et on recommence. On ne marche jamais les yeux sur l’aiguille : on la consulte, puis on regarde le terrain.
Au soleil : la méthode de la montre existe, et je la donne avec sa limite. On pointe la petite aiguille d’une montre analogique vers le soleil ; la bissectrice entre elle et le 12 indique le sud. Le problème, c’est que la montre est à l’heure légale, pas à l’heure solaire — deux heures d’avance l’été en France, une l’hiver, plus le décalage de la position dans le fuseau. Sans correction, l’erreur se compte en dizaines de degrés. C’est assez pour savoir de quel côté est la vallée. Ce n’est pas assez pour suivre un cap sur trois kilomètres de forêt. La boussole pèse quelques dizaines de grammes et ne dépend pas de l’heure ; c’est elle qu’on emporte, la montre est le secours du secours.
La nuit, on ne cherche pas le cap. On cherche l’abri. Une lampe frontale sert à ne pas se blesser sur les cinquante derniers mètres et à être vu ; elle ne sert pas à continuer. Sur ce point, la lampe frontale à pilesaff. vaut mieux que celle du téléphone, dont chaque minute d’éclairage se paie en minutes d’appel.
Cas n° 3 : le téléphone est mort, et vous n’avez rien
C’est le cas rare, et c’est celui qui coûte. Le test est brutal : si vous n’avez ni carte papier ni boussole, et que la direction générale ne vous vient pas, vous y êtes. Il se règle en deux temps, et le premier a lieu la veille.
Ce qui se prépare la veille : le téléphone comme carte
Le téléphone est une bonne carte, à condition de l’avoir décidé avant de partir. Trois gestes. Télécharger la carte de la zone hors ligne dans l’application, la veille, sur le wifi de la maison, et vérifier qu’elle s’ouvre en mode avion. Partir en mode avion, justement : la puce GPS continue de recevoir les satellites, et la batterie cesse de chercher un réseau absent — c’est la différence entre une journée et une demi-journée d’autonomie. Emporter de quoi recharger.
Une application de randonnée hors ligne, et une balise ou une montre GPS pour ceux qui partent souvent, ont leurs limites, et elles sont les mêmes : une batterie, un écran qui ne se lit pas sous la pluie, et une précision qui vaut ce que vaut le fond de carte téléchargé. Aucune ne remplace la carte papier dans la poche latérale du sac ; toutes la complètent.
Idéal pour : tenir la carte hors ligne et l'appel au 112 jusqu'au soir
Batterie externe compacte pour téléphone
- Recharge un téléphone au moins une fois
- Tient dans la poche de ceinture du sac
- Se recharge la veille avec le téléphone
- Sert aussi dans le sac d'évacuation
Le défaut : Elle ne vaut rien si elle n'est pas chargée : la brancher fait partie de la préparation de la veille, au même titre que remplir la gourde.
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Ce qui se fait le jour même : ne pas aggraver
Le jour où l’écran s’éteint, la seule méthode est de ne pas transformer une perte de position en accident. On s’arrête à un endroit repérable — une intersection, un rocher, une clairière —, on ne descend pas au jugé dans un ravin parce que « l’eau mène toujours à la vallée » : en montagne, l’eau mène souvent à une cascade. On revient sur ses pas tant qu’on reconnaît le terrain. Et on tient la dernière heure de jour pour ce qu’elle est : le moment de s’installer, pas de forcer.
Ce que la mesure change, et ce qu’elle ne change pas
Se recaler donne une position. Ce qu’elle ne donne pas, c’est le temps qu’il reste, et c’est là que la plupart des sorties dérapent : on sait où l’on est, on sait où l’on va, et on découvre à 16 h 30 qu’il y a encore 600 mètres de montée.
La FFRandonnée donne les vitesses « communément admises pour un adulte un peu entraîné, sans les pauses » : 4 km/h sur le plat, 300 à 350 m/h de montée, 400 à 500 m/h de descente. La règle de Naismith, plus ancienne, compte une heure pour 5 km plus une heure par 600 mètres de montée. Les deux se recoupent, et la fédération est la plus prudente des deux. Le composant ci-dessous part de la mesure sur la carte — des centimètres, une échelle, des courbes comptées — et finit sur une heure de départ.
L'échelle — 6 champs, 1 minute
De la mesure sur la carte à l'heure à laquelle il faut partir
Ce que la mesure ne change pas non plus : le terrain. Un sentier de crête sous le vent, une hêtraie sans balisage, un pierrier — la carte les montre, elle ne les rend pas plus rapides. Un enfant, un sac de quinze kilos, la neige ajoutent leur part. On mesure, on retient la valeur prudente, et on la compare à l’heure du coucher du soleil avec une heure de marge. Si la marge n’y est pas, la sortie change, pas l’heure du coucher.
Si aucune des trois ne colle : s’arrêter, s’abriter, alerter
Il reste le cas où rien ne marche : pas de repère, pas de direction, un téléphone à 8 %, le jour qui baisse. La réponse n’est pas une méthode d’orientation, c’est une séquence, et elle se décide avant d’avoir peur.
S’arrêter. Continuer à marcher dans le noir, sur un terrain qu’on ne connaît pas, est la décision qui transforme un retard en chute. On choisit un endroit à l’abri du vent, si possible visible d’en haut — un hélicoptère cherche une clairière, pas un sous-bois —, on s’isole du sol avec le sac, on enfile tout ce qu’on a de chaud avant d’avoir froid, on boit, on mange. C’est ici que sert la couverture de survie épaisseaff. du fond du sac, pas la feuille dorée à usage unique qui se déchire au premier pli et que le vent emporte.
Alerter. Le 112 partout en Europe, avec ce qu’on sait : le dernier point identifié, l’heure, la direction suivie depuis, le nombre de personnes, l’état de chacun. Pour les personnes sourdes, malentendantes ou aphasiques, le 114 par SMS, par tchat ou par l’application Urgence 114 : une plateforme nationale, gratuite, ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, dont les agents relaient vers les secours compétents. Une fois l’alerte passée, on cesse de consommer la batterie : mode avion, écran éteint, et on la rallume à l’heure convenue. Le reste se fait sans électricité : trois coups de sifflet plat sans billeaff., répétés à intervalle régulier, portent plus loin qu’une voix et ne s’épuisent pas.
La carte papier dans le sac d’évacuation
Tout ce qui précède vaut pour un sentier. Il vaut aussi pour un soir où l’on quitte la maison parce que la préfecture le demande. Le GPS de la voiture montre alors des routes que tout le monde prend en même temps, ou plus rien si le réseau est saturé — le 28 avril 2025, en Espagne et au Portugal, le réseau mobile est tombé avec le courant, et c’est le scénario ordinaire d’une coupure d’électricité prolongée. Une carte de sa commune et des vingt kilomètres autour, avec le point de rassemblement et deux itinéraires au crayon, se lit sans électricité et sans réseau. C’est ce que je mettrais dans la poche extérieure du sac d’évacuation, à côté de la boussole que vous connaissez déjà.
Le poids et la place de ce poste sont dans la liste complète du sac d’évacuation — quelques dizaines de grammes, dans un porte-carte étancheaff., parce qu’une carte mouillée se déchire au premier pli. La boussole, elle, peut vivre dans l’EDC, le kit de tous les jours, sur le trousseau, si c’est une vraie boussole et pas un gadget. Et pour choisir la carte : le 1:25 000 pour marcher, le 1:100 000 pour rouler, l’une et l’autre pour une catastrophe naturelle à laquelle on se prépare — les itinéraires d’évacuation d’une inondation, qui coupe les routes basses, ou d’un feu de forêt, qui ferme celles qui traversent le massif, se tracent dessus, à la maison, avant.
La carte IGN au 1:25 000 de votre massif ou de votre communeaff. est le seul achat de cet article qu’on ne peut pas remplacer par un objet plus cher : elle se choisit par numéro de feuille sur le site de l’IGN, puis se commande où l’on veut. La même sortie qui met la carte dans le sac y met aussi de quoi boire : le jour où l’on a marché trop longtemps, le filtre à eau de randonnée décide de ce qu’on boit au ruisseau, et de ce qu’on n’y boit pas.
Une table de cuisine, un soir
La carte de la sortie de dimanche dépliée sur la table, la boussole posée dessus, le crayon. On oriente la carte au nord — le frigo est à l’ouest, c’est déjà ça. On mesure le tracé au fil, on compte les courbes, on calcule l’heure de départ. On prend l’azimut du sommet depuis le parking, on le retourne. Vingt minutes, et personne n’a encore mis ses chaussures.
C’est là qu’on apprend à s’orienter sans GPS : pas sur la crête dans le brouillard, mais la veille, à la lumière de la cuisine, avec le téléphone en train de charger à côté. Le jour où l’écran s’éteint, les mains savent.
Questions fréquentes
- Comment s'orienter sans GPS quand le téléphone est déchargé ?
- Avec ce que vous avez préparé avant : une carte IGN au 1:25 000 de la zone et une boussole à plaquette. On oriente la carte — son nord sur le nord de l'aiguille —, on repère deux objets visibles et identifiables sur la carte (un château d'eau, une antenne, un sommet), on prend leur azimut, on retire ou on ajoute 180 et on trace les deux droites depuis ces repères : vous êtes à l'intersection. Sans carte, on suit une direction générale connue jusqu'à une ligne d'arrêt — route, rivière, crête — en gardant le cap au soleil ou à la boussole. Et si rien de tout cela n'est possible, on s'arrête, on s'abrite et on alerte le 112 tant qu'il reste un peu de batterie ou de réseau.
- Quelle échelle de carte IGN pour la randonnée ?
- Le 1:25 000, que la FFRandonnée juge idéal pour les randonneurs. À cette échelle, l'IGN rappelle qu'un centimètre sur la carte représente 250 mètres sur le terrain, donc quatre centimètres font un kilomètre. Les courbes de niveau y sont espacées d'une équidistance de 10 mètres sur une grande partie des cartes françaises — 5 mètres en plaine, jusqu'à 20 mètres par endroits en montagne —, avec une courbe maîtresse plus épaisse toutes les cinq. Au 1:50 000, le centimètre vaut 500 mètres et les courbes sautent des ressauts entiers : c'est une carte pour préparer un itinéraire à la maison, pas pour se recaler sur le terrain.
- Faut-il corriger la déclinaison magnétique en France ?
- Rarement, et jamais de tête. La déclinaison est l'angle entre le nord géographique, celui du quadrillage de la carte, et le nord magnétique, celui de l'aiguille. L'IGN écrit que son incidence est faible en France métropolitaine, et imprime sa valeur locale et sa variation annuelle sur chaque carte au 1:25 000, dans la marge. Je ne donne pas de chiffre ici : il change avec le lieu et avec l'année, et la carte que vous avez dans la main l'indique mieux qu'un article. Sur une sortie ordinaire, l'erreur de lecture d'une boussole tenue à la main dépasse celle de la déclinaison. On la corrige quand on suit un azimut long, en terrain nu, sans repère.
- Comment calculer l'azimut inverse ?
- Si l'azimut est inférieur à 180°, on ajoute 180 ; s'il est supérieur, on retire 180. Un refuge au 240° se rejoint au 240 et se quitte, pour revenir, au 60. C'est aussi l'opération du recalage : vous visez un repère au 300°, vous tracez depuis ce repère la droite au 120°, et vous êtes quelque part sur cette ligne. Un second repère donne une seconde ligne, et le point où elles se croisent est votre position. Le composant de l'article fait faire ces trois gestes dans l'ordre, avec vérification, parce que c'est en le faisant deux fois sur une table de cuisine qu'on le refait sans réfléchir dans le brouillard.
- La méthode du soleil et de la montre marche-t-elle ?
- Elle donne une direction approximative, pas un azimut. Avec une montre à aiguilles réglée sur l'heure solaire, on pointe la petite aiguille vers le soleil ; la bissectrice entre elle et midi indique le sud dans l'hémisphère nord. Le problème, c'est l'heure : en France, l'heure d'été est en avance de deux heures sur l'heure solaire, l'heure d'hiver d'une heure, et la position dans le fuseau ajoute encore un décalage. Sans cette correction, l'erreur atteint plusieurs dizaines de degrés. Elle sert à savoir de quel côté est la vallée, pas à suivre un cap. Une boussole de quelques dizaines de grammes fait mieux, tout le temps, sans soleil.
- Que faire quand on est perdu et que la nuit tombe ?
- S'arrêter. Continuer à marcher dans le noir est la décision qui transforme un retard en accident. On se met à l'abri du vent, on enfile ce qu'on a de chaud, on s'isole du sol, on boit et on mange. Puis on alerte : le 112 partout en Europe ; le 114, par SMS ou par l'application Urgence 114, pour les personnes sourdes, malentendantes ou aphasiques — la plateforme nationale est gratuite, accessible 24 h sur 24. On donne ce qu'on sait — dernier point identifié, heure, direction suivie, nombre de personnes — puis on économise la batterie et on reste joignable. Une lampe frontale et un sifflet servent à être trouvé, pas à repartir.
- Pourquoi une carte papier dans le sac d'évacuation ?
- Parce que le jour où l'on évacue, le GPS de la voiture et celui du téléphone montrent des routes que tout le monde prend en même temps, ou plus rien du tout si le réseau est saturé ou la batterie à plat. Une carte de sa commune et des vingt kilomètres autour, au 1:25 000 ou au 1:100 000 pour la route, avec le point de rassemblement et deux itinéraires tracés au crayon, se lit sans électricité. C'est le poste le moins cher du sac, et l'un des rares qu'on peut préparer entièrement à la table de la cuisine, un soir, en une demi-heure.
Qui a écrit cet article
Baptiste S.
Fondateur et rédacteur · bs-media
Je ne suis ni militaire, ni secouriste, ni guide de montagne. Je suis quelqu'un qui a lu jusqu'au bout le livret « Tous responsables » envoyé aux foyers français, qui vit en Bretagne où les tempêtes coupent le courant chaque hiver, et qui a décidé de faire le travail sérieusement : lire les recommandations officielles, faire les calculs, comparer les fiches techniques, et écrire ce que j'aurais voulu trouver. Ce site ne vend ni la peur ni des bunkers. Il explique ce qu'un foyer ordinaire peut préparer en un week-end, et dans quel ordre.
- Je pars des recommandations officielles — Sécurité civile, Météo-France, Croix-Rouge, FEMA — et je les cite. Ce que je n'ai pas vérifié, je ne l'écris pas.
- Pas d'armes, pas de bunker, pas de fin du monde : ce site prépare un foyer ordinaire à trois jours, deux semaines, un mois.
- Je dis ce qui ne sert à rien, y compris ce qui se vend le mieux dans les boutiques de survie.
- Sur la santé, les médicaments et l'électricité, je renvoie au médecin, au pharmacien ou à l'électricien. Ce n'est pas mon métier.
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